La flèche noire – Robert Louis Stevenson

La flèche noire
Robert Louis Stevenson

Éditions de l’Érable

La flèche noire Robert Louis Stevenson éditions de l'Erable

Pour La flèche noire, Stevenson ne s’est pas trop cassé la tête. Il a pris l’histoire de Robin des Bois a changé les noms, les lieux et la période, et en route pour l’aventure.
À l’époque où est publié le roman – 1886 pour le version feuilleton en magazine, 1888 pour la version reliée en librairie –, si les exploits de Roro l’archer forestier sont très peu connus de ce côté-ci de la Manche et uniquement à travers la version très déformée de l’Ivanhoé de Walter Scott, c’est tout l’inverse en Grande-Bretagne, où le corpus des aventures du gazier couvre des rayonnages entiers dans les bibliothèques.
Les premières mentions du personnage remontent au XIIIe siècle et son histoire s’est enrichie pendant six cents ans au point de raconter à la fin l’inverse de ce qu’elle disait au début : du cruel brigand roturier, on est arrivé à un sympathique justicier issu de la noblesse, genre de Batman avant l’heure. Des récits à foison, des variantes multiples, soit un matériau abondant pour un romancier qui cherche un sujet bateau. Pratique pour emmener les lecteurs en terrain connu sans les bousculer dans leur zone de confort… mais casse-gueule à cause de la sensation de déjà vu, surtout quand on ne prend pas la peine d’ajouter quelque chose de son cru, histoire de se démarquer.

La flèche noire, c’est le roman de la flemme. Stevenson reprend tous les éléments qui étaient déjà classiques en son temps et le sont encore plus aujourd’hui après le passage d’Errol Flynn en 1938, de Disney en 1973, Kevin Costner en 1991 et de dizaines d’autres adaptations à travers tous les médias possibles (ciné, télé, roman, BD, jeu vidéo…).
On croisera donc en ces pages :
– Richard “Dick” Shelton, le jeune noble en rupture de ban qui rejoint la clandestinité au milieu d’une bande de brigands plaqués dans la forêt. Les hors-la-loi ne signent pas leur nom à la pointe de l’épée d’un Z qui veut dire Zorro mais d’une flèche noire qui donne son titre au roman.
– Le super-vilain unidimensionnel en la personne de Sir Daniel Brackley, le méchant traître et meurtrier, opportuniste qui change de camp au gré du vent, vil félon caricatural dans toute sa splendeur.
– Joanna Sedley incarne la version passive du Champion éternel moorcockien, prisonnière d’un cycle qui la condamne depuis l’aube des temps jusqu’à leur fin à être la noble dame en détresse de tous les romans de chevalerie sous un nom ou un autre.
– Le bon et noble roi qui remettra tout d’aplomb à la fin, parce que la rébellion oui, mais pas trop, s’agirait pas non plus de bouleverser l’ordre social. Donc in fine l’histoire tout en entre-soi du premier des nobles qui file un coup de main à un autre membre de sa caste pour rétablir le statu quo ante en ne changeant surtout rien à l’ordre établi.
– Le lot habituel de péripéties, coups de théâtre, trahisons, batailles, déguisements, qu’on trouve dans tous les romans de ce type et qui ici ne se distinguent en rien des autres productions estampillées chevalerie ou cape et épée.
Alors ce cocktail fonctionne, éprouvé qu’il est par tant d’autres romans historiques et récits de chevalerie, mais c’est bien à cette dimension qu’il se limite : le fonctionnement d’une mécanique bien huilée. On cherche en vain l’épique et l’originalité dans ce bouquin qui déroule son histoire classique pleine d’enjeux classiques et de personnages classiques sans jamais créer de surprises, apporter d’éléments inattendus ou novateurs, insuffler de la flamboyance dans les aventures contées. C’est pépère de chez pépère, quoi.

Seul point du roman qui le démarque des autres robineries, la période choisie par Stevenson, à savoir la guerre des Deux Roses, qui voit les maisons d’York et de Lancastre s’opposer pendant trente ans (1455-1485) pour la succession au trône d’Angleterre. Las, ce contexte ne sera jamais exploité comme il se doit par l’ami Bobby, qui le relègue en toile de fond. Fallait une période troublée et deux factions opposées afin de se couler dans le canon du genre, c’est tombé sur les York et Lancastre pour prendre la relève des Normands versus Saxons et des loyalistes de Richards Cœur-de-Lion versus les partisans de Jean Sans Terre. L’intrigue aurait tout aussi bien pu se dérouler deux siècles plus tard pendant la révolution de 1642-1651 avec quelques mousquets en plus et des balles noires, ce serait kif-kif. Semblerait que se situer à une époque agitée avec un pouvoir central qui bat de l’aile et deux groupes antogonistes constitue une fin en soi. Spoiler : non. Si c’est pour ne rien faire de ton contexte historique, ne t’embête pas avec un contexte historique. Et s’il y en a un, faut qu’il serve (et en tant que tel, pas comme source de péripéties génériques interchangeables peu importe l’époque).

Roman historique sans vraiment l’être, roman de chevalerie qui choisit de se situer à une époque que la plupart des historiens anglais considèrent être celle du déclin de la chevalerie, roman d’aventure qui manque d’audace dans ses choix d’écriture, La flèche noire n’est pas resté dans les annales pour la précision de son tir. En ressort un roman ni bon ni mauvais, un classique très classique qui ne prend aucun risque et se laisse lire sans faire d’étincelles.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *