Enfants des étoiles – H. G. Wells

Enfants des étoiles
H. G. Wells

Folio

Si on parvient à passer le cap de la couverture hideuse à base d’enfant, alien, poupée, uniforme marin, canotier et masque au concombre, genre de Sailor Moon croisée pendant un trip sous LSD, on découvre un texte du même tonneau. Au mieux, l’indulgent y verra un Wells (très) mineur. Le réaliste, lui, dira qu’il vaut mieux éviter ce titre foiré bien comme il faut.

Couverture roman Enfants des étoiles H. G. Wells Folio

L’idée générale du machin, c’est que la Terre est bombardée de rayons cosmiques. Pas par hasard, pas par un phénomène naturel, non, les extraterrestres sont derrière tout ça pour infléchir l’évolution humaine.
Pourquoi pas ? On a vu des théories complotistes plus barrées que ce postulat.
Mais pour aller où ?
Nulle part.
Enfant des étoiles ne propose qu’une non-histoire. Tout du long, des mecs – et rien que des mecs, dans un de ces clubs pour gentlemen de la bonne société – vont bavasser sur le sujet, papoter, blablater… Ce Planetarium Club devrait être rebaptisé la Fraternité des pipelettes. ‘Fin voilà, ils causent, ils causent. Pas d’action, d’événements, de péripéties, rien que de respectables messieurs réunis pour le plaisir de la discussion théorique vaseuse, à raconter n’importe quoi sur un ton moralisateur.
On ne peut même pas dire que leurs propos soient palpitants. La faute à une construction très dissertatoire du discours. Un personnage balance ses idées sur un sujet, argumente quasi sur le mode du monologue, faisant lui-même les questions-réponses. Le tout dans un style très littéraire, qui tourne vite au pompeux. On en vient vite à s’ennuyer à force d’écouter ces gugusses parler comme des bouquins ou comme s’ils débarquaient du XIXe siècle. Ajoutons qu’il ne suffit pas non plus qu’une idée soit formulée de manière sophistiquée à grand renfort de stylistique classique pour qu’elle devienne valable. Même bien tournés, les propos sur l’eugénisme, par exemple, restent de la merde. En 1937, Wells en est encore là, au même point que trente ans plus tôt… À sa décharge, le thème restait d’actualité dans les années 30, en témoigne l’Allemagne de la période, qui pratiquait la stérilisation forcée des handicapés et malades mentaux depuis 1933 et préparait ni plus ni moins que leur extermination massive à compter de 1939. Alors des gens sur la même longueur d’onde que Wells, il y en avait, oui, mais je ne suis pas sûr que l’argument joue en sa faveur…

Une qualité tout de même à souligner : le supplice (celui de la lecture, j’entends, pas celui des victimes des théories de l’eugénisme ou de leur mise en pratique) sera de courte durée. L’ouvrage est par bonheur court : 160 pages, ce qui fait même pas mal juste pour du bavardage oiseux d’auteur qui s’écoute penser en étant sûr de détenir la vérité.

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