Codex Space Marines du Chaos V8
Games Workshop
Quand on ouvre ce codex, on est envahi par un sentiment d’effroi. Parce qu’on se dit que si tout le bouquin est à l’image de la table des matières, la lecture s’annonce des plus pénibles. Par acquit de conscience, j’ai jeté un œil à d’autres codex. Bon ben, le verdict est sans appel : en 2019, après un quart de siècles à pondre des suppléments pour Warhammer 40,000, Games Workshop ne savait toujours pas faire une table des matières lisible (problème pas réglé depuis, il a juste changé de nature). Et je suis même pas sûr que Games ait jamais su faire un codex, en vérité.
Les bouquins ont toujours eu le cul entre trois chaises : le lore, les règles, le support de vente de produits Games. Les grandes lignes d’un codex sont, depuis les origines, présentation et historique de la faction, passage en revue descriptif des différentes unités et personnages, cahier photos de figurines, repassage en revue des unités et personnages cette fois en termes de règles de jeu. Soit, déjà, beaucoup de doublons entre les parties deux et trois. Ensuite, les figs étant celle de la gamme en cours, le lore ne colle pas toujours avec elles (i.e. l’Astra Militarum, armée à propos de laquelle on vient nous parler de régiments divers et variés, dont la plupart n’ont plus de figurines depuis dix, quinze ans). Et même quand les figs existent, on ne les voit pas forcément (i.e. l’Astra Militarum 2 le retour, dont le codex V10 fait quasi l’impasse sur les figurines de Catachan parce que la gamme vieillissante fait pitié à côté des nouvelles du Death Korps de Krieg). Là-dessus, ajoute que le marketing a de plus en plus tendance à prendre le pas sur le reste. Que Games cherche à fourguer ses produits par le biais des suppléments, c’est de bonne guerre, mais pour que ça fonctionne, faut quand même pas que ce soit au détriment du reste. On citera les codex Cadia et Militarum Tempestus de la V6, dont on sent bien qu’ils n’existent QUE pour vendre les figurines associées plutôt que pour proposer quelque chose de jouable. En V10, les règles de patrouille – format qui n’est pas le plus joué une fois passée l’étape de l’initiation – sont placées avant la description des unités. Parce qu’il faut vendre des boîtes de patrouille avant tout, peu importe qu’on ne sache pas encore de quoi il est question, peu importe de forcer pour faire rentrer à la va-comme-je-te-pousse dans la table des matières ce machin dont on n’a pas grand-chose à foutre. Après ça, tu m’étonnes que la moyenne d’âge actuelle des joueurs soit plus élevée de quinze, vingt ans que ce qu’elle était autrefois : c’est un repoussoir pour les débutants, ces codex qui s’adressent in fine à ceux qui savent déjà et peinent à renouveler le public du jeu, composé pour une bonne part de vieux joueurs qui reprennent après des années de pause.
Et pour revenir au sujet du Chaos, c’est encore pire dans leur cas. Si un codex spécifique est prévu pour telle ou telle légion renégate, c’est à peine si elle verra son nom cité dans celui des Space Marine du Chaos… qui est pourtant censé être une présentation générale de la faction. Mais bon, sur le moment, ça se voit pas trop, vu le gloubiboulga qu’est la table des matières.
Quatre grandes parties, un total vrac dans chacune, où on ne s’enquiquine pas avec des sous-parties. C’était quand même pas compliqué d’organiser et présenter les choses de façon plus claire en aérant et en mettant en évidence les différentes sections internes.
Rien que sur la partie 1, Let the galaxy burn. L’historique, c’était pas sorcier de l’indiquer comme tel à propos des cinq premières lignes de l’interminable inventaire.
Puis sous-partie, où j’aurais mis un bel intertitre propre et clair annonçant la description des légions, avec pour chacune un petit intertitre à son nom. Et tant qu’à faire en les couvrant toutes, parce que là, il manque la Death Guard et les Thousand Sons. Alors oui, ils auront leur codex à eux, mais ça n’empêchait pas de leur consacrer un laïus même court, vu qu’il est question de Space Marines du Chaos et qu’aux dernières nouvelles, ils sont des Space Marines du Chaos. Comble du gag, ces légion ne sont pas mentionnées ici, au point qu’on sait à peine qu’elles existent, mais par contre leurs unités, comme les Plague Marines de la Death Guard, ont droit à leurs fiches dans la partie idoine.
Ensuite, j’aurais glissé un nouvel intertitre pour annoncer qu’on partait à la découverte des personnages et des unités. Pis ça aurait été bien d’organiser la liste autrement qu’en mode fourre-tout. On voit des petits persos, des machines de guerre mélangées à de la troupe, les persos nommés, des démons… Pas de classement par hiérarchie, type d’unité ou ordre alphabétique, tout est balancé comme ça en foutoir. Et quand on aborde la troisième partie consacrée aux fiches d’unité, on retrouvera les mêmes entrées mais pas agencées de la même façon, cette fois un peu plus logique au démarrage avec les persos nommés suivis des persos génériques, puis un merdier de démons, Space Marines, véhicules, qui ne suit aucun ordre compréhensible.
Un bordel total. Pourtant facile à corriger, donc qui était évitable. Alors, c’est peut-être dans le ton pour le Chaos d’avoir un bouquin chaotique, mais au prix où il est vendu par une entreprise censée maîtriser son sujet de façon professionnelle depuis des décennies, on aimerait autre chose qu’un amateurisme de fanzine à deux balles.
Certes l’ouvrage est beau, illustrations à foison, impression couleur, papier glacé, le grand luxe. Là oui, on peut pas faire plus pro. Sauf qu’il s’agit d’un livre de règles, dont on attend par conséquent en premier lieu qu’il soit clair et qu’on puisse s’y retrouver. Qu’il soit joli n’est pas la priorité.
À l’arrivé, le codex contient ce qu’il est censé contenir, donc fait son taf. Mais il le fait mal, parce que n’importe comment. La faute à une organisation du propos qu’on cherche en vain. L’incarnation même du désordre. La présentation éclatée atteint aussi ses limites : on voit passer les légions une à une, les unités qui les composent une à une, mais il manque une vue d’ensemble et on a du mal à concevoir comment fonctionne tout ce petit monde en tant qu’entité, que ce soit au sein d’une légion ou à l’échelle du Chaos. La compréhension globale n’est pas aidée par l’éclatement des forces du Chaos sur plusieurs codex : entre les Space Marines du Chaos ici, telle ou telle légion là, les démons à part, les Chevaliers du Chaos aussi. La V2 casait TOUT en un seul codex. Certes, plus facile à l’époque, parce que moins de choses à raconter et moins de modèles de figurines qu’à l’heure actuelle, et le revers de la médaille, c’est que pour tout couvrir, fallait tout survoler très vite sans entrer dans les détails. Doit quand même y avoir moyen de trouver un juste milieu entre les deux : un mini codex ou une grosse intro Chaos générique, avec une présentation globale et rapide des différentes branches qui le composent, listées de façon exhaustive (Chevaliers, démons, chacune des neuf légions renégates de Space Marines). Bref, quelque chose qui permette d’avoir un panorama complet du Chaos dans son ensemble, avant d’enquiller sur tel ou tel thème d’armée.

