Sharko

Sharko
(Franck Thilliez)
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Couverture Sharko Franck Thilliez

Ah, Sharko, un moment qu’il traîne dans mes affaires… Je n’avais pas prévu de le lire cette semaine… Et puis, comme dans un roman, paf ! le chien incident déclencheur !

Télérama Sharko Franck Thilliez“Dommage” remporte la palme cacadémique de l’analyse. La puissance de l’argumentaire laisse coi. Tout est dit en un mot, sur Thilliez, son roman et l’ensemble de son lectorat. Tu lis Sharko, tu as des goûts de chiotte, pas besoin d’un doctorat en lettres pour interpréter le texte comme ce qu’il est : une insulte aux lecteurs.
Pour l’article complet de Kékérama, tu tapes “Thilliez vacances” sur un vroumvroum de recherche. Pas mieux en version longue, la démonstration est creuse comme un trou de balle.
Donc en 2018, on en est toujours au même point qu’en 1950 (ou n’importe quelle autre année). Dès qu’un bouquin ou un auteur est populaire – en termes de ventes et d’audience  – c’est forcément nase. Pas assez art et essai, trop mainstream, trop populaire – cette fois dans le sens plébéien, péjoratif bien comme il faut.
Vieux débat à la con sur la littérature populaire qui n’en serait pas de la vraie, de Littérature, celle avec la majuscule. Rien que de la paralittérature pour les beaufs, faite de romans de gare et de mauvais genres (SF, fantasy, fantastique, romance, polar, thriller, etc. à peu près tous en fait).
Si le petit peuple les lit, c’est que c’est de la merde. CQFD.

Les licornes, les vaisseaux spatiaux, les monstres sous le lit, les panpan t’es mort, ça ne fait pas très sérieux. En même temps, c’est un peu le but du divertissement et de l’évasion – créneau qui a valu à Alexandre Dumas d’entrer au Panthéon, soit dit en passant. La fiction et l’imaginaire permettent tout, pourquoi se priver ?
Et pas sérieux, c’est vite dit, tout un pan de cette littérature t’invite à la réflexion (la SF, par exemple, en a fait son fonds de commerce), te raconte le monde et les autres, t’enseigne des choses (je pense entre autres à la veine historique). C’est aussi une littérature qui rassemble, suffit de voir le nombre de visiteurs dans les salons qui lui sont dédiés et où on échange sur nos lectures entre illustres inconnus. Pas si loin des salons d’un autre temps, celui des références classiques et propres sur elle, sauf qu’on porte moins de bas de soie et de perruques poudrées.
Quand tu regardes de près, c’est tout pareil de l’une à l’autre. Juste que les temps changent, que certains ne l’ont pas compris et défendent un pré carré qui n’existe que dans leur tête.

Les deux littératures assurent le même taf : raconter quelque chose. Je n’ai jamais cru à la définition de la littérature comme un exercice de style tout entier tourné vers l’esthétique, un art Décathlon, à fond la forme et tant pis pour le fond. A ce compte-là, Rabelais, Molière, La Fontaine, Voltaire et quantité d’autres chez qui le fond prime sur la forme n’ont produit aucune littérature.
Plutôt qu’une longue démonstration soporifique, je t’invite à lire les Fables de La Fontaine et Les Fables de l’Humpur de Pierre Bordage, référence ultra classique et SF post-apo, même combat.
Renvoyer dos à dos une littérature populaire et une autre, sans épithète, qui va finir par devenir l’impopulaire à force de discours élitistes, représente le summum du non-sens.
Quand je regarde ma bibliothèque, je n’en vois qu’une, de littérature. Antonin Artaud est rangé entre Emmanuelle Arsan et Isaac Asimov, Homère entre Patricia Highsmith et Robert E. Howard. Franck Thilliez, le fameux, on le trouve entre Junichirō Tanizaki et Tite-Live.
Un genre de Table ronde où tout le monde se côtoie au même niveau. Zéro prise de tête, lecture selon les envies, rien qui soit estampillé “respectable” ou frappé du sceau de l’infamie. Aborder les Lettres par ordre alphabétique, je trouve que c’est dans le ton.
En attendant qu’il n’y ait plus qu’une littérature pour les unir tous et dans la lumière les élever, la ligue de défense de la littérature dite populaire va encore avoir du boulot pour un moment…

Puisque Télémachin se plaint de la faible présence d’Apollinaire parmi les lectures de vacances, je me propose en conclusion de réparer l’outrage avec l’élégance qu’on me connaît. Ce bon Guigui a su trouver les mots pour exprimer ma pensée sur ce papier plein de mépris et de condescendance.
“Bientôt apparut un petit bout de merde, pointu et insignifiant, qui montra la tête et rentra aussitôt dans sa caverne. Il reparut ensuite, suivi lentement et majestueusement par le reste du saucisson qui constituait un des plus beaux étrons qu’un gros intestin eût jamais produit.”
Les onze mille verges

Oh une licorne
Alors je vis paraître un cheval de couleur pâle. Celui qui le montait se nommait Transition, et la chronique le suivait enfin.

Donc Sharko.
Je pourrais me contenter d’une critique en un mot – “super” – mais j’ai une conscience professionnelle, un comble pour un blogueur amateur.
Retour de Franck Thilliez, chroniqués jadis dans les premiers mois de ce blog (La chambre des morts).
Retour en selle de Sharko et Hennebelle, le duo flic et choc, dans un roman à la recette éprouvée. Pas de prise de risque pour Thilliez avec ce titre. Mais d’une, ça fonctionne, pourquoi se priver ? De deux, je n’ai pas eu d’impression de redite par rapports aux opus précédents. Tant qu’il ne se répète pas, ça me va, Lisette.
C’est un bon roman, c’est une bonne histoire, comme dit la la chanson. Enfin, chez Fugain, elle était belle, l’histoire. Là, elle serait plutôt Jeanne Mas (ou Stendhal, si tu n’aimes pas les références populaires), en rouge et noir. Sang et ambiance sombre.

Par moments, l’esprit est proche de Sire Cedric, très Du feu de l’enfer dans sa thématique (du sang et des barjots). Le traitement reste du Thilliez pur jus, très scientifique dans l’âme.
Tu sens dans Sharko un abondant travail de recherche en amont (précision inutile vu qu’en aval, une fois le bouquin sorti, ça paraît difficile). Des recherches, donc, utilisées avec à-propos, bien expliquées, presque trop. Note que je connaissais le sujet “sanguin”, ceci explique sans doute cela. M’enfin, c’est bien fait, pas rébartatif, instructif : du thriller documentaire qui t’apprendra quelque chose.

Après, qu’est-ce que je pourrais tartiner quand tout a été dit ? Maîtrise de la narration et du suspens, souci du détail, talent de conteur que Geiger lui envie, faculté à embarquer le lecteur dans une intrigue complexe sans le perdre en route… C’est Thilliez, quoi.
Le gars connaît son affaire et n’a plus rien à prouver à qui que ce soit (sauf à Télérama, faut toujours dans l’histoire un village d’irréductibles qui résistent encore et toujours).

4 réflexions sur « Sharko »

  1. Télérama comparé au village d’Astérix, trop d’honneur ! Et pourtant, mon abonnement dure depuis plusieurs décennies ! Ce journaliste a réussi à faire le buzz! Je pense que c’est la première fois ! Car buzz et Télérama n’ont rien à voir! Bon, en tout cas coup de gueule salutaire! …Bien sûr ….surtout pas catégoriser le plaisir de lire! Merci . Pour Thilliez,ce sera après Bussi et Caryl Ferry …

    1. Le Figaro avait bien conclu un article sur Thilliez vs Télérama par “La guère semble gagner d’avance” (corrigé depuis), alors niveau orthographe, y a pire qu’une coquille sur Ferey. 😉

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