Lucie – Alick

Lucie
Alick
Rebelle

Un prénom féminin – Lucie, pour les ceusses qu’auraient pas suivi – et un lépidoptère, tu t’attends sans doute à une romance, si tu fais partie de ces niaiseux qui croient que les “papillons dans le ventre” sont le signe de l’amour. Hors quelques cas particuliers (régime alimentaire à base de chenilles, croisière sur le Nostromo), 99% des chatouillis intestinaux témoignent d’une même pathologie. Un genre d’idylle, je le concède. Relation passionnée entre toi et ta fidèle gastro, prémices d’un ménage à trois avec tes gogues. Cette sensation s’appelle drouille.

Couverture Lucie Alick

Or donc, Lucie n’est ni une romance ni de la poésie mais un thriller, ce qui aurait fait plaisir au Michael Jackson de 1982, du temps où il n’était pas blanc, pédophile et mort. Je le (le roman, donc, pas le roi de la pop) situerais entre Sire Cedric et Franck Thilliez, un peu plus proche du second que du premier. On trouve d’ailleurs un clin d’œil à Thilliez dans un chapitre qui fait intervenir son duo chéri, Sharko et Hennebelle.

Le suspens sur la fameuse Lucie, annoncé par la question fracassante en quatrième, tourne court très vite. Dès la première apparition de la donzelle, on capte qu’elle a été embringuée dans une secte (autour de la page 20, on ne peut pas dire que je spoile tout le contenu du bouquin). Où était-elle ? On sait. Que s’est-il passé ? On s’en doute. Mais d’autres questions prennent la relève pour compenser. Pourquoi est-elle revenue ? En a-t-elle fini avec son gourou et ses sbires ? Que va-t-elle devenir ?
Pendant ce temps, pas à Vera Cruz mais beaucoup plus près, le capitaine Moscaret enquête sur un meurtre rituel que les journaleux qualifieraient de “particulièrement horrible” sur l’échelle Alakon (un peu, beaucoup, particulièrement, à la folie, pas du tout). Sinon, horrible tout court marche aussi bien. Alick frappe fort, le Doomsday Killer de Dexter et Jigsaw peuvent aller se rhabiller.
Là-dessus s’ajoutent les intrigues habituelles de personnages haut placés, connus pour leur tendance à se mouiller dans tout et à ne vouloir être éclaboussés par rien.
Secte, meurtres et magouilles, comme je disais, quelque part entre Cédric (Du feu de l’enfer) et Thilliez (Sharko).

L’ensemble donne un thriller classique. Pour être honnête – je peux me le permettre, je ne suis pas haut placé – il ne s’agit pas de mon genre de prédilection. Je lis Thilliez à l’occasion, pas grand monde d’autre. Dans la grande famille des machins sombres et frissonnants, je suis plutôt porté sur le roman noir, le policier, le thriller fantastique (i.e. L’enfant des cimetières de Sire Cedric). Donc Lucie ne m’a pas fait triper outre mesure, affaire de goût, mais il est bien fichu. Les aficionados du thriller en auront pour leur argent avec ce roman de bonne facture.
Le style fait le taf, sans les lourdeurs de débutants ou de bras cassés. On sent que l’auteur a bossé sur l’univers sectaire. Le roman contient assez d’infos pour que je monte la mienne sans me fatiguer (Alick, je te verserai 10% des sommes que j’extorquerai). Il y a aussi un grand souci du détail des procédures et du vocabulaire technique de la police.
Après, défaut de sa qualité, la manie de la précision s’accompagne d’une volonté de développement, qui s’embarque parfois dans des passages un peu trop longs. Il m’est arrivé de penser au Perceval de Kaamelott (livre III, épisode La Poétique) : “vous vous lancez trop dans les explications”. Dans les cinquante premières pages, on voit défiler beaucoup de personnages, chacun avec beaucoup de sa-vie-son-œuvre, soit une somme assez énorme d’informations à ingurgiter et retenir pour la suite… qui sera elle-même copieuse en personnages et détails. Au total, les 350 pages sont très chargées. Alors ça va, parce que, même si certains exposés occasionnent des baisses de rythme, dans l’ensemble, c’est bien fait, pas barbant. Mais un peu moins complexe et un peu moins fouillé, ç’aurait été bien aussi, on n’y aurait pas perdu.
Seule chose à laquelle je n’ai pas accroché, le versant familial des flics, les saynètes étirées avec la fille, l’ex-femme, les mamours entre collègues. Ces passages n’ont rien de raté, juste que je reste en dehors des appartés personnels et, pour certains, périphériques. Tous romans et auteurs confondus, je n’ai jamais adhéré à cette façon d’écrire et de construire les personnages avec des éléments qui relèvent pour partie de la digression (et aussi du topos, vu le nombre d’occurrences aussi bien dans les romans qu’à la télé ou au ciné).
Là où l’auteur a bien mené le coup, c’est que la complexité et la profusion ne tournent pas au nawak ni aux incohérences. Alick maîtrise son bousin, ce qui lui permet de rester carré dans son intrigue.

Au final, les amateurs de thriller classique trouveront là un bon titre, respectueux des codes du genre. De la bonne came qui gagnerait juste à être un poil moins coupée au lait en poudre en surcharge d’explications.

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