D’un commun accord

D’un commun accord
(Sophie Jomain)

Couverture D’un commun accord Sophie Jomain

Après Cherche jeune femme avisée, nouvelle cursion – qu’on qualifiera d’in ou d’ex – dans la romance jomanienne.
Autant le précédent m’avait plu pour son côté divertissant, autant celui-ci non. Pas accroché une seconde alors qu’il est aussi bon. Toutes les qualités d’écriture du monde ne pourraient rien changer à ce que je suis en-dedans : le pire public possible.

Le roman n’a que deux défauts. Primo, sa longueur de 440 pages quand la moitié aurait suffi. La romance, on sait où on va, ça ne sert pas à grand-chose de s’étaler outre mesure entre l’incident déclencheur et la résolution. Là, je te vois venir avec ton proverbe oriental comme quoi la destination importe moins que le voyage. Pour le coup, mon cher Confucius du dimanche, en plus du où, on sait aussi comment on y va, le genre étant très codifié. Le trajet, on en connaît les grandes lignes avant même d’avoir démarré.
Deuxième défaut, la toute fin, qui voit (attention spoiler qui n’en est pas un) X et Y tomber dans les bras l’un de l’autre. Pour moi, elle défie tout sens logique vu où en sont rendus les protagonistes. Une fin imposée par le genre, très comédie romantique américaine dans l’âme, et de fait cliché, avec LE déclic de dernière minute.
Juste après avoir refermé le bouquin, pour rééquilibrer, j’ai imaginé un épilogue bis plus réaliste. Dans ma version, l’histoire finit très très mal pour les duettistes. Faut être honnête, leur couple a zéro chance de survie. Je ne lui donne pas un mois avant d’exploser en vol.

Hormis ces deux points, rien qui cloche dans le roman. Le style est classique (dans le sens moins décontracté que Felicity Atcock) sans pour autant donner dans le scolaire ou la naphtaline. Comme on dit, ça se lit bien.
Quant aux personnages, ils sont très bien écrits… raison pour laquelle je n’ai pas accroché. Leurs motivations, comportements, réactions, sont si éloignés des miens qu’il n’y a pas eu moyen que je m’attache à l’un ou à l’autre. A aucun moment.
Au début, j’avais envie de les raisonner, pauvres aveugles perdus dans l’autodestruction. Mais ils s’entêtent à ne pas voir l’évidence. Alors j’en suis vite venu à vouloir leur démonter la face à la masse d’armes, manière d’abréger leurs souffrances.
D’un commun accord raconte la relation entre Jane et Martin, et tous les sentiments qui vont avec. Or ici “sentiments” ne signifie pas “amour”, tout romance que soit estampillé le bouquin. Jane est consumée par le remords et la quête de la rédemption. Martin, lui, est guidé par sa haine envers Jane et une formidable volonté de destruction.
Ma capacité de remords se situe loin en dessous du zéro absolu. Un cas pathologique, j’ai un mot du médecin. Autant dire que Jane et sa démarche rédemptrice ne me parlent pas. Je comprends, au sens cognitif, mais sans pouvoir m’identifier ou empathiser.
Martin est déjà plus proche de mon monde. Il a perdu une guibole à cause de Jane. Qu’il se sente amer et revanchard n’a rien que de légitime. Etranger à toute notion de pardon, ça, je comprends. D’après un bruit qui court à mon sujet, le jour où la déesse Rancune s’incarnera sur terre pour semer la désolation, paraît qu’elle choisira mon corps d’athlète. Fausse rumeur, bien sûr. En vrai, elle est déjà installée, on fait enveloppe commune. Je suis comme ça, j’ai le corps sur la main.
Sauf que voilà, Martin, la haine l’habite. Ce qui me parle beaucoup moins… comme toujours dès qu’il est question de sentiments ou d’émotions. On s’est donc retrouvés lui et moi à avoir deux conceptions antagonistes de la vengeance. Pas moyen d’accrocher au personnage à l’arrivée, trop dans l’émotion et l’irrationnel.
Dans le cadre romanesque, les réactions de Martin comme celles de Jane tiennent la route, très humaines par leur côté dysfonctionnel, le décalage entre l’un et l’autre, leur instabilité émotionnelle.
Mais bon, moi, l’humain… Pas trop mon truc. D’où une incompréhension à voir les personnages s’obstiner dans ce qui est à l’évidence une course droit dans le mur, une relation destructrice entre deux égoïstes, chacun obnubilé par sa petite quête qui le fera se sentir mieux lui.
Il n’y a pas d’amour dans ce roman. Rien qu’une obsession sentimentale de part et d’autre. Une obstination  malsaine que beaucoup confondent avec l’amour (sans doute parce que les deux rendent aveugle et bête).
Tu m’étonnes que l’histoire de leur couple soit une vaste foirade, faite d’allers et retours, de déchirements, d’engueulades, de rapprochements qui tournent court. On n’a jamais bâti de relation solide sur la culpabilité, terrain instable par excellence.

Pas aimé mais bon roman, l’un n’empêche pas l’autre. Moins enjoué et léger que Cherche jeune femme avisée, il s’adresse à un lectorat plus réceptif aux sentiments qu’un sociopathe dans mon genre.

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