Un Américain sur la Côte d’Opale

Un Américain sur la Côte d’Opale
(Jean-Christophe Macquet)

Avant que Gene Kelly n’aille faire son Yankee à Paname, un de ses compatriotes est venu traîner ses guêtres sur la Côte d’Opale.

Macquet sur les traces du Maître.
Macquet sur les traces du Maître.

La maison Pôle Nord – rien à voir avec le Père Noël – était venue en force au salon du livre d’Abbeville en mars dernier. En voyant le nom d’Innsmouth au dos d’Un Américain sur la Côte d’Opale, je n’ai pas hésité et j’ai sauté dessus.
Hommage à Lovecraft, roman policier, ambiance qui lorgne sur le fantastique, parenté avec le mythe de Cthulhu, histoire locale, objet maudit, vaudou, agent secret… Macquet se livre à l’exercice ô combien casse-gueule du cocktail… et il s’en sort bien.

Je ne suis pas toujours fan de son style, pas exempt de lourdeurs ni d’académisme littéraire. Dans ses récits contemporains, les gens qui discutent au passé simple, désolé mais non, personne ne parle comme ça dans la vraie vie de l’IRL.
Dans le cas qui nous occupe, ce style très littéraire colle à la période couverte par la collection Belle Epoque (la Belle Epoque, donc). En outre – comme disent les utriculaires –, j’ai senti ici un gros effort sur la fluidité. Peut-être la proximité de la mer ? Toujours est-il que ça se lit bien.
A noter au passage quelques cocasseries dissimulées ici et là, comme un Octave Hergébel – je suis très client de ces feintes à deux balles.

A partir d’une liste improbable d’ingrédients qui le sont tout autant, Macquet parvient à faire monter sa mayonnaise. Un saut dans le temps au XVIIe siècle et une virée à Innsmouth posent les prémices du récit. Ce démarrage à coups de pied au culte laisse planer une ombre de fantastique qui se marie bien avec le versant policier sur la Côte d’Opale.
A l’occasion, des figures historiques pointent le bout de leur nez, comme Emile Dubois (aventurier-héros-populaire-tueur-en-série) ou Charles Joseph Bonaparte (fondateur du BOI, futur FBI). S’ajoute l’histoire locale de la Côte d’Opale, maniée avec assez d’intelligence pour éviter les exposés ennuyeux. L’ensemble s’ancre bien dans la Belle Epoque et fournit un cadre idéal pour un récit d’inspiration lovecraftienne.

Macquet rend un bel hommage made in France au Maître de Providence. Les chapitres qui se déroulent à Innsmouth tiennent la route grâce à une riche documentation tirée du jeu de rôle L’Appel de Cthulhu. Sans se limiter au pastiche fadasse, Macquet importe le gros poulpe et ses sicaires sur les côtes françaises. Un transfert réussi, assez inventif pour sortir du lot (de l’eau ?) tout en respectant le Mythe de Cthulhu.
Mon seul regret portera sur l’exploitation du versant fantastique, pas mauvaise en soi, mais érodée par les impératifs de la collection. Chez Pôle Nord, ils sont un petit peu beaucoup obsédés par le polar, espèce de Rome littéraire auquel tous les chemins doivent mener. A mon avis, le récit aurait gagné en force à rester dans une ambiance de doute, à la lisière entre réalité et surnaturel.

Sympathique roman d’époque et appendice au Mythe réussi, cet Américain sur la Côte d’Opale inaugurait la collection Belle Epoque. Faudra que j’emprunte à ma mère le Cluytens (Amandine et les brigades du Tigre) et le Kaan (Le Secret de la petite demoiselle) ; elle m’a dit beaucoup de bien des deux – rien d’étonnant, ces deux auteurs sont des valeurs sûres.

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