Punk’s Not Dead

Punk’s Not Dead
Cercueil de nouvelles, T.2
(Anthelme Hauchecorne)

Aujourd’hui, c’est dimanche et comme tous les dimanches…
Non.
Comment ça “non” ?
On n’est pas dimanche, déjà, et tu plagies l’intro de 3615 Usul.
Attends, j’ai un plan B. Le temps d’attraper ma pioche… Salut à tous, ici le Déterreur de Livres et aujourd’hui, chatoyants explorateurs livresques…
— Le Déterreur de Livres ? Sérieux ? Tu penses que personne ne fera le rapprochement ?
Mouais… Hum… Oh, j’ai trouvé !… SALUT BANDE DE FILS DE P…
Wowowowo ! On se calme. Tu n’es ni Usul ni le Fossoyeur de Films ni Antoine Daniel, tu n’es même pas sur YouTube. Pas besoin de dire bonjour, personne ne t’écoute. Tu es tout seul, bonhomme.
Ben non, t’es là, toi.
Dans ta tête, mec, dans ta tête…

Gros budget accessoires, attention…

Pas bonjour, bande de gens, aujourd’hui on n’est pas dimanche et j’ai déterré pour vous le deuxième cercueil de nouvelles du père Anthelme. Après Baroque’n’Roll, c’est au tour de Punk’s Not Dead de venir nous chauffer les oreilles. Une partition de treize nouvelles, monsieur n’est pas superstitieux.
Dès la première – Décembre aux cendres – tu te demandes ce qui s’est passé entre les deux recueils. Pas besoin d’y réfléchir quatre heures avec ou sans calculatrice : le travail. Y a pas de miracle quand on écrit. Baroque’n’Roll n’était pas mauvais, loin de là, mais souffrait de défauts de jeunesse. La phrase marche dans l’autre sens aussi. Perfectible mais bourré de bonnes choses niveau inspirations, thèmes, messages, jeux sur le langage… Verre moitié vide ou moitié plein (ou à moitié tout court, et hop).
Là je pourrais me lancer dans une métaphore filée viticole pleine de cru qui se bonifie, de ferment de l’imagination et de compléments du nom en cascade. Tu ne l’as jamais lue que douze millions de fois auparavant alors une de plus… Sinon les références bibliques fonctionnent pas mal – trier le bon grain de l’ivraie pour le coup – mais c’est du même tonneau. Super original aussi.
On va donc la faire simple. Fi des métaphores, paraboles et images alambiquées, contentons-nous d’une simple comparaison. Punk’s Not Dead est mieux (ou meilleur, si tu veux pinailler).
Voilà.

La différence entre les deux recueils tient surtout à la subtilité. Pas que le premier manquât de finesse, mais le message du texte était parfois balancé de manière trop explicite, trop directe, trop frontale. Fini les gros sabots, PnD se situe quelque part entre la classe d’un talon aiguille et la discrétion d’une charentaise.
Les fétichistes de la godasse applaudiront la variété des deux mains (ou des deux pieds). Doc Martens (No Future), palmes (De profundis), ballerines (Le buto atomique), cuissardes (Voodoo Doll et La ballade d’Abrahel), chacun trouvera chaussure à son pied.
Heureusement que j’avais dit “pas de métaphores”…

Au menu, SF, fantasy, steampunk, conte, anticipation, fantastique, zombi… Voyage vers d’autres univers sans bouger du nôtre. Si tu retires à chaque texte ses habits particuliers de fiction et d’imaginaire, il te reste entre les pognes deux dénominateurs communs. Le monde contemporain et l’humain.
Qu’est-ce qui différencie l’humain du monstre (C.F.D.T, De profundis, La ballade d’Abrahel) ou de la machine (Sarabande mécanique, Les gentlemen à manivelle) ? Pas tant de choses que ça, au fond. A part cette capacité phénoménale de l’humanité à déconner. Cramer la planète (Décembre aux cendres), verser dans l’extrémisme (La guerre des Gaules), polluer les océans (De profundis), tripatouiller l’atome (Le buto atomique), reproduire encore et toujours les mêmes schémas foireux (Sarabande mécanique), “et on s’amuse et on rigole” pour citer Norman Spinrad dans Le chaos final.
Des textes à la fois dépaysants et on ne peut plus dans le ton. En plein entre deux tours (aucun lien avec Tolkien), La guerre des Gaules, avec sa “montée quasi irrésistible des nationalistes de Nouvelle France”, tient presque moins de la fiction que de l’analyse politique. Aussi clairvoyante que farfelue (Nelson Mandela en inventeur de la mandoline, j’ai bien dû me marrer dix minutes).
Je ne vais pas passer chaque nouvelle en revue. Lis-les, c’est mieux. Pas évident vu que l’éditeur a défunté, cours écumer les bouquinistes.
Je m’en voudrais quand même de ne pas mentionner Sale petite peste, bel hommage à Terry Pratchett avec la Mort en invité (pas de faute d’accord, chez Pratchett, la Mort c’est “il”). Mon personnage préféré du Disque-Monde, sans doute parce qu’on est gaulé pareil.
En fait, si je devais citer mes nouvelles préférées, je recopierais la table des matières. Il n’y a peut-être que C.F.D.T. qui m’ait moins plu. A l’inverse, Voodoo Doll est d’une redoutable efficacité dans sa simplicité et sa brièveté : la quintessence de la nouvelle à chute.
Un dernier mot enfin sur la présentation du recueil. Les illustrations de Loïc Canavaggia sont superbes et collent à (démons et) merveille aux textes qu’elles accompagnent.

Comme dit le proverbe : plein de nouvelles, bonnes nouvelles. Punk’s Not Dead n’a pas volé sa place au Top 50. Bel album de 13 morceaux aux sonorités éclectiques et inventives, très riches sur le fond comme sur la forme.

NB : la paternité du trait d’esprit sur l’entre deux tours revient à Marc Falvo.

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