Professeur Tagada et Docteur Tsointsoin

Un jour quelqu’un m’a dit, non pas que tu m’aimais encore, mais que je parlais trop de bouquins intellos et pas assez de lecture détente. “Mon cœur a manqué un battement”, pour citer les auteurs de young adult, grands malades de la métaphore cardiaque. En digne héritier de Schwarzy et Belushi, j’ai retourné audit quelqu’un une double détente dans la face.
Après réflexion, pas bête comme idée. Mais que chroniquer ? Un texte court, simple, accessible au dernier des débiles. En clair, que lisent George W. Bush et les bulots ?

Textes authentiques, récupérés sur megabambou.com. J’ai juste changé les noms et les coordonnées. Les numéros appartiennent à des charlatans notoires.

Professeur Tagada

Professeur Tagada raconte l’histoire d’un super-héros guérisseur et voyant (et non “guérissant et voyeur” comme on le lit trop souvent dans d’autres chroniques).
La première partie s’attache à remonter aux origines de son pouvoir. Le parallèle s’impose avec le mythe d’Héraklès. Dès le berceau, Herculinou pulvérisait des serpents géants de ses petites mains potelées. Tagada, même combat, ses dons surnaturels se manifestent très tôt.
Très vite, on découvre un personnage altruiste qui n’hésite pas à mouiller la chemise pour ramener la joie dans le cœur des gogos plus désespérés, ceux à qui la vie n’a pas fait de cadeau. La bonhomie du héros ne peut que conquérir le lecteur. On s’attache, on tremble pour lui quand il affronte d’autres médiums, ces mages noirs passés du côté obscur et inféodés à l’ordre scythe.
Dommage que ce versant n’ait pas été davantage exploité par l’auteur. A mon sens, il insiste trop sur les scènes annexes. Tagada aide un ami pour son examen en lui révélant le corrigé qu’il est allé chercher dans l’avenir (clin d’œil à Retour vers le futur). Rebelote avec les résultats de la roulette dans une scène au casino. Et vas-y que je t’aide à décrocher un contrat, que je te transforme le puceau de service en Rocco, que je te désenvoûte mémé, que je sauve ton mariage, et cetera. Certes on n’est pas volé côté fantasy avec cette débauche de magie touzazimuth, mais l’accumulation finit par lasser. Trop de saynètes s’articulent autour de tel ou tel pouvoir sans apporter de réelle profondeur, il aurait fallu en sabrer quelques-unes et offrir une vision plus globale.
Parti pris de l’auteur pour illustrer l’enjeu majeur de cette novella : “tous les voyants sont voyants mais ils n’ont pas la même puissance”. Sûr qu’on comprend que Tagada, de la puissance, il en a plein la musette. De quoi renvoyer Saroumane, Dumbledore et Garcimore au rang d’apprentis sorciers. Mais on aimerait bien le voir l’utiliser à plus grande échelle. Sans aller jusqu’à sauver le monde – Bruce Willis occupe le créneau à temps plein de toute façon –, deux ou trois éléments supplémentaires de tension dramatique n’auraient pas été de trop. J’aurais bien vu le clan des “médiums qui déçoivent” comploter pour contrôler la ville. Autre option, se pencher sur la psychologie de Tagada : il possède une terrifiante panoplie de super-pouvoirs, est-ce qu’elle ne risque pas de lui monter à la tête ? Un grand pouvoir n’implique-t-il pas d’en abuser ?
Par chance (ou talent ?), l’auteur parvient à insuffler une dimension dramatico-épico-jackbauerienne en transformant son récit en véritable course contre la montre. Tagada n’a que six jours pour venir à bout de tous les problèmes qu’il rencontre. Six jours, ce chiffre ne vous rappelle rien ? Un délai tout ce qu’il y a de biblique, renvoi évident au thème de la toute-puissance. Une mise en garde contre l’homme qui se prend pour Dieu. Comme un onzième commandement intitulé “tu ne feras point le cake sous peine de prendre très cher dans le fondement”.
Même si le style peut rebuter à osciller entre le staccato d’un Céline et les phrases au kilomètre d’un Proust, dans l’ensemble le récit “se laisse lire”, comme on dit (et vivement que “on” arrête d’utiliser cette formule cliché). Impossible à lâcher une fois qu’on l’a commencé. Cette quinzaine de lignes vous prend à la gorge et ne vous lâche plus.

“Entre deux sortilèges, rien ne vaut une petite pipe.” Citation d’Agnes Sampson attribuée à tort à Gandalf.

Docteur Tsointsoin

Oh là là, quelle déception ! Annoncé comme un spin-off au Professeur Tagada, Docteur Tsointsoin se révèle une pitoyable resucée. Trop de flashbacks qui reprennent presque mot pour mot le premier volume : ils occupent une bonne moitié du récit ! L’auteur ne s’est pas foulé et ça se voit. On sent dès le premier chapitre que ce texte a été pondu à la va-vite pour surfer sur le succès de son prédécesseur.
Un beau gâchis, car sur le papier, les nouveautés de cet opus avaient de quoi séduire. Je pense par exemple au piment apporté par la scène d’“amour entre hommes et femmes”. Oui, tout au pluriel, je vous laisse imaginer le méli-mélo. Voilà qui partait d’une bonne idée, le sexe comme moyen d’apporter une certaine maturité au récit, à travers des personnages plus adultes (vaut mieux…) en quête de relations profondes, de liens à tisser jusqu’à obtenir des gros nœuds.
Outre les redites, la grosse déception vient du “centre le plus important de la Médium Africaine”. L’école des médiums, quelque part entre Poudlard et l’Institut Xavier. J’en attendais beaucoup, me voilà tristesse et colère. Un centre pas développé, à peine esquissé, alors qu’il y avait matière à créer un superbe cadre aux aventures de Tsointsoin.
Ce qui s’annonçait comme une formidable saga se dégonfle dès le deuxième épisode tel un pénis après le coït. Une demi-molle qu’aucun marabout ne saurait redresser. De vous à moi, je n’ai même pas regardé les volumes sortis depuis, pourtant nombreux à ce qu’on m’a rapporté. Fini les Tagada-Tsointsoin, je m’en tiens aux basiques, Oui-Oui et Schopenhauer.

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