Manhattan Carnage

Manhattan Carnage
(Orcus Morrigan ; trad. Maxime Gillio)

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“– Merde, je croyais pas que dans la mort, c’était comme dans la vie.
– Si, c’est la même chose. Mais en pire.”

Orcus Morrigan est un zombie. Mais pas que. Il écrit des livres. Vrai de vrai, Maxime Gillio, son traducteur, me l’a certifié croix de bois croix de fer.
D’ordinaire les zombies et moi, ça fait deux.[1] Y a quinze ans, 28 jours plus tard a réactualisé et relancé le genre. Depuis, on en bouffe à toutes les sauces… films, séries, romans, BD, jeux vidéos et la tête alouette… je suis gavé, je me barre en courant dès que j’entends parler de zombie – ce qu’est pas un mauvais réflexe, au fond.
Autant dire que Manhattan Carnage partait avec un sérieux handicap.
Verdict après lecture ? C’est de la balle, comme disait la marquise de Montrou.

manhattan-carnage-quatriemeManhattan Carnage a le bon goût (sic) de nous épargner une 12000e invasion de zombies, énième chronique d’une poignée de survivants qui résistent encore et toujours blablabla… Pas davantage d’infectés qui n’ont de zombie que le nom, Orcus Morrigan est un authentique mort-vivant. Dans la plus pure tradition du genre avec un bon vieux prêtre vaudou ? Non plus.
Gros intérêt de ce bouquin, il ne se contente pas de réutiliser les codes du genre pour se rattacher bêtement à tel ou tel courant de la mode zombie. Comme Thérèse, il les prend, les retourne contre le mur, les démonte, les bricole. Notre auteur d’outre-tombe crée son univers avec ses règles. Des idées originales dans une histoire de zombies, j’y croyais plus ! Paye ta fracture du coccyx, j’en suis resté sur le cul et je rédige cette chronique perché sur une bouée.
Le récit en lui-même déborde de péripéties inventives (le gang des présidents…) et de références improbables (tomber sur du Villon relève le niveau d’un genre décérébré à plus d’un titre, faut avouer). Chez les zombies, le changement, c’est Orcus. Je dirais bien que Manhattan Carnage apporte un “vent de fraîcheur” au genre, sauf que l’expression est a) un cliché puant et b) colle moyen avec son auteur faisandé.
En un mot comme en sang (oh !), ça change. Dans un genre qui pourrit sur pied à force de se recycler à l’identique, ce bouquin mérite d’être lu sur ce seul critère.

Faisez gaffe quand même d’où que vous mettez les pieds. Orcus, c’est du brutal. Bourrin, gore, trash, tout dans l’excès et la démesure. Y a plein de gros mots aussi. Fan de Oui-Oui et des Bisounours, passe ton chemin sous peine de le sentir passer comme une poignée de main à la Fistinière.
Après, ça reste du Gillio, le gars qui arrive à vous glisser bite-couilles-nichons avec finesse subtilité sa façon bien à lui. Le roman dégueule d’humour noir, de cynisme, de répliques tordantes. J’ai bien rigolé, ça m’a suffi, j’ai kiffé. Parce que Manhattan Carnage ne prétend pas offrir autre chose qu’un divertissement hénaurme, fun et sans prise de tête. Parce qu’il tient son pari. Parce que, sous ses airs de gros délire foutraque, il est autrement mieux écrit que les trois quarts des bronzes estampillés “littérature de divertissement”.

D’aucuns regretteront la brièveté du roman. Je ne crois pas, non. Plus long, Manhattan Carnage perdrait de son punch et prêterait le flanc à une critique d’accumulation pour l’accumulation. Pour mettre quoi d’autre de toute façon ? De la pomme ? de la betterave ?… Orcus pose les bases de son univers avec ses codes et ses enjeux, pas besoin d’en tartiner sur 144 chapitres. Y a ce qu’il faut en scènes gore, au-delà on tomberait dans la surenchère débile. Idem niveau action avec un rythme qui fonce à tombeau ouvert. Enfin, je doute que sur 350 pages le style direct et trashouille garde son côté percutant. On finirait par se lasser. Là non, bon rapport densité/intensité/longueur/π². C’est tout bon, Jacques.

Vivement qu’Orcus sorte de sa cuve régénérante et se décide à attaquer le tome 2 de ses aventures ! En attendant, on retrouvera Orcus/Gillio main dans la main avec Atcock/Jomain dans le crossover Les Anges ont la Mort aux Trousses (qui fera l’objet d’une chronique prochaine mais j’ai que deux bras et un planning de ministre).

Manhattan Carnage d’Orcus Morrigan traduit par Maxime Gillio et paru en 2014 chez L’Atelier Mosésu ; 222p.

[1] Ou plutôt 1+n où n représente le nombre de zombies dans la pièce.

2 pensées sur “Manhattan Carnage”

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