Lectures de vacances (6)

Mes vacances à Guadalcanal (1942).

Condoléances à ceux dont les vacances s’achèvent ces jours-ci. Tout le monde n’étant pas assujetti au rythme de l’Education nationale, voici pour les autres l’avant-dernier épisode des lectures de vacances.

Hypercycle du Multivers
(ou Cycle du Champion Eternel)
(ou Le Champion a un grand vélo)

(Michael Moorcock)

Moorcock, auteur prolifique s’il en est, a trouvé le moyen de relier la totalité de son œuvre dans l’Hypercycle du Multivers. Kézako Multivers ? En version simple, des milliers d’univers parallèles vivent leur vie dans leur coin. A l’occasion il se forme des passages de l’un à l’autre pour raison x, y ou z, enfin d, m ou s (dieux de la Loi ou du Chaos, magie, science). Chacun de ses univers a son Champion éternel, un héros ou anti-héros qui trimbale une arme magique, se coltine toute la misère du monde et vit des aventures trépidantes où tout le monde meurt. Il n’est pas seul, un Compagnon l’accompagne (logique, somme toute, c’est l’idée générale d’un compagnon).
Chaque cycle composant l’hypercycle est indépendant du reste, tu ne seras donc pas obligé de TOUT lire. Tu perdras juste en compréhension de certaines références (les différents Champions ont des réminiscences de leurs autres avatars et se rencontrent parfois).
Entre mes possessions personnelles, les prêts par des potes et les emprunts au bibliothèque, j’ai lu tout ce qui est paru en français, soit une petite quarantaine de bouquins.
Cycle d’Elric
Cycle du guerrier de Mars
La Légende de Hawkmoon
Les Aventures de Jerry Cornelius
La Quête d’Erekosë
Les Livres de Corum
Le Nomade du temps
Les Danseurs de la fin des temps
Le Pacte de Von Bek
Je conseillerais le plus connu, à savoir les aventures d’Elric de Melniboné taillant la route avec son épée (Stormbringer pour les intimes). La Légende de Hawkmoon souffre de pas mal de défauts d’écriture, rédigée à la va-vite pour des raisons alimentaires (dixit Moorcock himself). Pourtant, cette série m’avait bien plu pour son ambiance et mérite le coup d’œil pour son mélange de dark fantasy et de SF dans une Europe uchronique. Von Bek et Le Nomade du Temps, très bien aussi. Erekosë et Corum sont plus classiques, il leur manque le petit quelque chose d’Elric pour être vraiment marquants. Le Cycle du guerrier de Mars est un hommage au Cycle de Mars d’Edgar Rice Burroughs, deux œuvres très datées aujourd’hui, mais sympathiques à lire pour le côté retour aux sources de la SF. D’autant que Le Cycle de Mars originel a inspiré quantité d’auteurs majeurs (Bradbury par exemple). Enfin, Les Aventures de Jerry Cornelius et Les Danseurs de la fin des temps, faut aimer les ambiances psychédéliques et oniriques, ce qui n’est pas mon cas (mais ça n’empêche pas les bouquins d’être bons).
Elric, Hawkmoon, Von Bek, le Nomade, voilà ce que je conseillerais. Après, à toi de trier si tu es plutôt fantasy ou SF.

Les Chroniques de la Lune Noire
(Froideval)

Un peu de BD, histoire de changer des romans. De la BD, j’en ai toujours lu peu en comparaison des bouquins tout-texte. La faute au prix rédhibitoire des ouvrages en France. Raison pour laquelle, dans toutes les bibliothèques où je me suis inscrit au cours de mon existence aventureuse, j’ai foncé au rayon bubulles, tel un Attila du phylactère.
Je suis plutôt classiques franco-belges (Tintin, Astérix, Lucky Luke, Léonard, Achille Talon, Gaston Lagaffe…), avec une préférence pour Franquin et Gotlib. Parmi les séries fleuves, ma préférée reste Les Tuniques Bleues aussi bien pour le côté historique que l’humour, le tout enrobant une dénonciation de l’absurdité et des horreurs de la guerre.
Mais laissons les Américains s’entretuer et partons au pays des licornes dragons avec Les Chroniques de la Lune Noire. Série scénarisée par François Marcela-Froideval, née en 1989 donc pas toute jeune (plus que moi cela dit), que j’ai découverte via le magazine Casus Belli (fondé par le même Froideval).
Aujourd’hui, elle compte une préquelle (0), un premier cycle terminé (1-14), un second en cours (15-18), Les Arcanes consacrées consacrées à certains personnages (3 volumes) et un hors-série (L’Empire de la Négation) qui fait office de guide. On peut y ajouter le spin-off Methraton (3 tomes) autour du personnage éponyme.
Froideval ayant beaucoup œuvré dans le jeu de rôle, entre autres Advanced Dungeon and Dragons, on ne sera pas étonné de retrouver l’ambiance AD&D pleine de magie, dragons, elfes, nains, trolls, démons… et castagne. Pour déglinguer, ça déglingue ! Un peu trop quand certains albums se contentent d’aligner les batailles dantesques sans que le schmilblick avance vraiment. Résultat d’ensemble, du bon et du moins bon. Si Les Chroniques démarrent sur les chapeaux de roue, elles traînent en longueur dans la deuxième moitié du premier cycle, aussi bien dans le récit que dans le rythme de publication. D’autant plus qu’on se doute grosso modo comment elle va se terminer. Ça reste une bonne série quand même, qui vaut surtout pour sa galerie de personnages (Whismerhill, Pile-ou-Face, Ghorghor Bey…) et ses cinq premiers tomes dessinés par Olivier Ledroit.

Je n’avais pas de VHS, j’ai mis un anneau. En même temps, ça se tient : le roman s’appelle “Ring”, pas “Cassette”.

Ring
(Suzuki Kōji)

Ring est une histoire de fantôme chinois japonais. Un 幽霊, comme on dit (ça se prononce comme ça s’écrit). L’histoire met en scène un yūrei on ne peut plus classique : teint de lait caillé, longue chevelure noire, longue robe blanche. Ici la malédiction passe par une VHS. Note pour les jeunes générations qui n’ont pas connu cet objet antédiluvien, il s’agit d’un genre de Blu-ray sous forme de bande magnétique enfermée dans un parallélépipède en plastique. Aujourd’hui on en trouve dans les musées, aux côtés des disquettes, du socialisme et des haches en silex.
Un fantôme dans une vidéo, moderne ? Pas tant que ça. Le roman se rattache à une looooooooooooooooooooooooooongue tradition d’histoires de revenants dont il reprend tous les codes. Thème porteur s’il en est, qui couvre la moitié de la production de fiction des origines à nos jours. A côté de ça, les créatures folokloriques japonaises ont pour certaines la faculté de s’attacher à tout et n’importe quoi comme objets de la vie quotidienne (cf. le bakezōri, un yōkai qui anime les vieilles sandales). Après les grolles, les lanternes, les parapluies, pourquoi pas une cassette ? Enfin, le lien entre surnaturel et image n’est pas nouveau au Japon. Pour ne s’en tenir qu’aux médias modernes, il remonte aux débuts de la photo et du cinéma. Aujourd’hui, si tu demandes à un prêtre d’exorciser une vidéo, il ne te regardera pas comme un cinglé. Il te dira hai et se collera au turbin. Parce que ça fait partie du job.
Or donc, Ring ferait plaisir aux rédacteurs de manuels d’histoire-géo, champions du “Japon entre tradition et modernité”.
La tétralogie est pourrite, comme on dit en bon français. Seul le premier tome mérite lecture, Anneau unique perdu au milieu des contrefaçons. Les volumes deux et trois se contentent d’exploiter le filon en s’embarquant dans des explications toujours plus tirées par les cheveux. Certes Sadako a des tifs à revendre mais quand même… Les histoires fonctionnent sur le mode du “je vous ai dit ça dans le roman précédent sauf que non”. Et vas-y que ça s’emberlificote dans des trucs auxquels on finit par ne plus rien biter. Quant à Ring zero, la préquelle, elle condense le bousin en une formidable compilation de redites. Le titre correspond à sa note sur 20.
Tant qu’on y est, les films, même combat. Sorti de l’adaptation du premier en 1998 par Nakata Hideo, les autres sont des bouses, avec une mention spéciale pour les trois remakes/suites américains (Le Cercle, Le Cercle 2 et Rings) qui touchent à la quintessence de l’étron.

Gargantua & Pantagruel
Rabelais

Le plus gros volume de ma bibliothèque de fiction, un mastar qui pèse bien ses deux kilos, l’arme de réflexion massive par excellence.
Œuvre inclassable, les aventures de Gargantua et Pantagruel tiennent de tous les tons et tous les genres. Satire, comédie, épopée, récit de chevalerie, conte philosophique… Du tout en un. On retrouve peu ou prou dans les cinq livres à géants ce que je disais tantôt des annales du Disque-Monde. Blindé de références, comique à tous les étages, parodie des genres épique et chevaleresque, réflexion sur la société de son temps. Rabelais est le Terry Pratchett du XVIe siècle.
Ce qui explique a) que ce bouquin figure parmi mes préférés de la littérature française classique et b) qu’il n’a pas pris une ride. Entre l’abbaye de Thélème, genre de phalanstère anarchiste qui préfigure le socialisme libértaire, et la fameuse scène des moutons de Panurge, on ne peut plus d’actualité à l’époque où tout est “de masse” (consommation, médias, connerie…), la pentalogie rabelaisienne reste une référence en matière de critique sociétale… et prouve qu’on n’a évolué en rien depuis cinq siècles. Enfin si, en pire, ce qui est une forme d’évolution à sa façon.
Par les temps qui courent (droit dans le mur), une lecture dont on ne peut faire l’économie.

Lectures de vacances :
épisode 1
épisode 2
épisode 3
épisode 4
épisode 5
épisode 7

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