Lectures de vacances (5)

La vérité sur les pyramides, la voici !

La tournée du jour sera consacrée aux bâtisseurs d’univers.

Vision personnelle de la Compagnie de l’Anneau.

Les Terres du Milieu
(J.R.R. Tolkien)

On démarre par la base de la base : Tolkien. Incontournable sur lequel tout a été dit. Après, sur le long terme, on en revient un peu quand même. J’avoue qu’aujourd’hui, le côté manichéen de Johnny m’ennuie, idem les chansonnettes et poèmes. L’autre drame du père Tolkien, c’est d’avoir eu une influence si grande sur le genre et enfanté tant de clones que je ne peux plus mettre le nez dedans. Trop bouffé. Là-dessus, je rejoins le point de vue de China Miéville sur le cancer des épigones. “Tolkien est le kyste sur le cul de la littérature fantasy. (…) Le mieux que vous puissiez faire, c’est d’essayer de crever l’abcès. (…) Les clichés de Tolkien (elfes, nains et anneaux magiques) se sont répandus comme des virus. Il a écrit que le rôle de la fantasy était de “réconforter” le lecteur, créant ainsi l’obligation pour l’écrivain de fantasy de dorloter le lecteur.”
Pour moi, le top du cliché : les elfes et les nains qui ne peuvent pas s’encadrer. L’idée est si bien passée dans la fantasy qu’elle en est devenue un “c’est comme ça”. Sauf que ça ne tient pas debout dans 90% des bouquins, postulat foireux qui ne repose sur rien et n’a donc aucun sens (alors que chez Tolkien, l’animosité est justifiée par l’histoire commune aux deux peuples).
Donc à lire parce que le corpus des Terres du Milieu reste une œuvre majeure, à étudier aussi – je pense à ceux qui écrivent – pour la leçon sur la création d’un univers énorme, riche de détails et cohérent. Mais par pitié, arrêtez la tolkienite, cessez de refaire ce qui a déjà été fait, tentez autre chose.

Pratchett et Rocco, même combat : tout en longueur.

Les Annales du Disque-Monde
(Terry Pratchett)

Une de mes séries préférées de fantasy dans un esprit à mille années-lumière du très (trop) sérieux Tolkien. Pourquoi c’est bien, Pratchett ? Parce que c’est drôle : une excellente parodie du genre, de loin la meilleure.
Le Disque-Monde et la Bretagne kaamelottienne ont beaucoup de points communs, à commencer par le choix dans la date du ton comique utilisé pour traiter un sujet sérieux (ou qui se prend au sérieux). La quête du Graal qui doit apporter la lumière aux peuples ne prête pas à la base à la rigolade. Idem sauver le monde en balançant des anneaux magiques dans des volcans et en dégommant de vils sorciers méchants, maléfiques et vilains. Ou peut-être que si, la preuve… Et quand on y regarde de près, la déconnade n’empêche pas d’avoir derrière un décor solide et un univers très construit.
Dans Kaamelott comme dans les Annales, on retrouve quantité de références à des bouquins ou des films, à des personnages réels ou fictifs. A la différence de moult maladroits, Astier et Pratchett ne se bornent pas aux clins d’œil stroboscopiques ou à l’étalage de références plus ou moins geek. Ainsi Cohen dépasse l’allusion simpliste à Conan le Barbare en ayant droit à ses propres aventures sur le Disque-Monde. Rien d’anodin, rien de gratuit.
Enfin, les Annales ont une place à part dans la fantasy et dans mes lectures, parce qu’elles ne se limitent pas à raconter de jolies histoires épiques. Pratchett a commencé sa carrière en écrivant de la SF, on le sent. S’il a changé de genre, il a gardé l’essence du propos : il parle d’abord de notre monde et de notre société. Chaque bouquin s’articule autour d’une thématique qui propose au lecteur de réfléchir. La mort, la religion, la guerre, la technologie, le nationalisme, l’égalité des sexes, le pouvoir, le racisme… Autant dire que la matière ne manque pas.
Si seulement davantage d’auteurs écrivaient de la fantasy comme s’il s’agissait de SF, loin des épopées en culottes courtes… T’imagines ? Un genre adulte et intelligent, ça nous changerait…

La Saga des Hommes-Dieux
Le Monde du Fleuve
(Philip José Farmer)

Je ne pouvais pas aborder les bâtisseurs de mondes sans parler de Philip José Farmer. Deux de ses cycles, La Saga des Hommes-Dieux et Le Fleuve de l’Eternité, tournent autour de cette thématique.
Le premier se montre sympathique sans être excellent. On suit les péripéties d’un gonze qui traverse des mondes parallèles fabriqués par d’autres gugusses aux pouvoirs démiurgiques. Du fun, de l’aventure, beaucoup d’imagination… et un peu de n’importe quoi (on se demande par moments si l’auteur sait où il va).
Le Fleuve de l’Eternité est quant à lui un must. Un beau matin, tous les gens morts depuis l’apparition de l’Humanité se réveillent sur les berges d’un fleuve gigantesque. Dans le lot, une poignée d’individus décident de remonter ledit fleuve à sa source pour percer les mystères. Qui est derrière tout ça ? Comment “ils” ont accompli un prodige pareil ? Et surtout pourquoi ?… Une épopée pleine de personnages ayant réellement existé (et pour une fois la ressemblance n’est pas une coïncidence), de SF, d’Histoire, d’aventures… et de réflexions sur les différences. Epoques différentes, civilisations différentes, individus différents… mais tous humains au fond. Sauf qu’en guise de fraternité, il y aura bastons, guerres, esclavage, luttes de clans, pirates… Ouaip, tous humains.

Harry Potter
(J. K. Rowling)

Je ne vais pas disserter des masses sur le sujet, tout le monde connaît Harry Potter. Et pour ceux qui reviennent d’un voyage de vingt ans à l’autre bout de la galaxie, je vous renvoie à notre ami commun.
Saga sympathique, écrite sans un pet de style, pleine de thèmes déjà vus, de personnages attachants mais pas nouveaux (le méchant sorcier, le mentor, la bêcheuse, le naïf, le méchant-mais-en-fait-non, le gamin avec sa prophétie accroché aux fesses, n’en jetez plus…). Y a rien de révolutionnaire là-dedans. Mais ça fonctionne (vieux pots, meilleures soupes…). Sauf les derniers qui sont tout branlants, car rédigés alors que les adaptations ciné des premiers étaient déjà sorties. On sent à certains passages que l’auteur pensé grand écran et c’est une grosse erreur : on n’écrit pas un roman comme on écrit un scénario.
Ce que je retiens de Harry Potter, c’est le monde bâti par Rowling. Là d’accord, on touche à autre chose que du patchwork basé sur l’existant. Une foison de trouvailles dans les grandes lignes comme les détails, des millions de détails justement. A l’arrivée, la mère Rowling a su créer un monde magique et à faire passer cette magie dans l’ambiance générale (et c’est ce qui m’a permis de tenir jusqu’au bout).
A noter que suite au succès de la série, la moyenne d’âge des personnages de fantasy tombe à 12 ans (ce qui rend les trois quarts du genre inintéressant pour un lecteur adulte qui préfèrerait des problématiques qui lui parlent un peu plus que l’acné et les amourettes juvéniles).
Reste un détail qui me chiffonne. L’emblème de Gryffondor est un lion. L’emblème de Serpentard est un serpent. L’emblème de Serdaigle est un aigle. Pourquoi l’emblème de Poufsouffle n’est pas une pouf ?

Photo authentique (si, si) prise en 1930.

Lectures de vacances :
épisode 1
épisode 2
épisode 3
épisode 4
épisode 6
épisode 7

2 réflexions sur « Lectures de vacances (5) »

  1. Ah ben voilà des romans que j’ai lu ! Enfin du moins les Tolkien et les Harry Potter ! 😉
    Pour la similitude Rocco et Pratchett, tu as fait ma soirée ! 😀

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