Lectures de vacances (3)

Troisième opus consacré aux gros machins encombrants – et je ne parle pas des auteurs mais de leurs œuvres.

Agatha Christie

Agathe (the power), voilà un auteur qui a quelque peu gauchi ma définition de la littérature jeunesse. Du temps, gamin, où je ne disposais que d’une minuscule bibliothèque, je devais taper dans celle de ma mère : j’ai lu tous les bouquins de la photo pendant mes années de collège.
Pour les amateurs de romans policiers pépères, Agatha Christie reste une valeur sûre. Auteur majeur par son influence sur le genre jusqu’à nos jours, autant en littérature qu’à la télé. Est-il besoin de tout lire pour autant ? Non. Si la miss rattrape un style proche du néant par des intrigues bien ficelées, à la longue, faut bien reconnaître une répétitivité dans les procédés, le cadre et/ou les personnages. On peut se contenter de quelques titres, les meilleurs tant qu’à faire : Le Crime de l’Orient-Express, Dix petits nègres, Mort sur le Nil, Le Meurtre de Roger Ackroyd.
En résumé : un meurtre est commis. Le lieu du crime étant d’accès restreint (soirée de riches, vacances de riches, club de riches…) ou isolé (manoir de riches en pleine cambrousse), l’assassin se trouvait donc sur place et s’y trouve encore. On exclut d’emblée les domestiques, parce que les petites gens ne font pas des coupables intéressants. Reste une ribambelles d’aristocrates déchus et de bourgeois parvenus qui ont tous une bonne raison d’avoir buté la victime ET un alibi foireux. Pas de bol, le karma sans doute… Hercule Poirot traîne dans le coin comme par hasard, il va pouvoir mener l’enquête. Sinon, c’est miss Marple qui officie à St. Mary Mead (patelin à la Barnaby avec un taux d’homicides record qui enterre l’Amérique latine). Ambiance feutrée, campagne anglaise, milieu aristo-bourgeois hautain, méprisant, xénophobe, raciste, antisémite, colonialiste (comme quoi les Anglais ont beaucoup de points communs avec les Français…). Interrogatoires, indice, papotage, indice, etc. En cours de route, un gonze – en général le principal suspect – casse sa pipe pour maintenir l’attention du lecteur. Le dernier chapitre rassemble tous les protagonistes, y compris le coupable trop bête et vaniteux pour avoir filé à l’anglaise. Miss Poirot ou Hercule Marple (à moins que ce ne soit l’inverse) confond l’assassin après avoir accusé puis disculpé tout le monde à tour de rôle. The end.
Bon, je caricature, m’enfin les grandes lignes sont toujours les mêmes, on en fait vite le tour. J’ai pris jadis un plaisir indéniable à lire Christie. Aujourd’hui, ses bouquins m’ennuient. Ils restent une bonne entrée en matière pour découvrir le coupable roman policier, des classiques incontournables pour les titres cités plus haut… avant de passer à des auteurs moins classiques et un peu plus aptes à se renouveler sur la durée.

Quand tu ne mets pas le flash et qu’il y a quand même le reflet du flash…

Chroniques des vampires
(Anne Rice)

Avec son mélange de fantastique, de fantasy et d’horreur, Anne Rice a dépoussiéré le mythe du vampire, un peu trop cantonné (comme le riz) aux ersatz de Dracula. Aujourd’hui, le vampire prête à rire, réduit à un ado benêt fluorescent qu’on a envie de caillasser ou de chatouiller sous les bras jusqu’à ce que mort s’ensuive. Mais dans les années 90 et le début des années 2000, autre temps, autres mœurs, le vampire fascinait autant qu’il foutait les jetons, il avait la classe et de vrais pouvoirs.
Le poids des Chroniques des vampires se pose là niveau conséquent. Ce n’est pas seulement une bonne part de la littérature fantastique actuelle qu’elles ont façonné mais aussi indirectement un pan entier de l’imaginaire tous médias confondus. Comme tout auteur de best-seller, Anne Rice s’est vue plagiée par une kyrielle de gens peu inspirés (sauf pour sentir les bons filons). Classique, on ne va pas s’attarder dessus. Surtout, les Chroniques ont été source d’inspiration du Monde des Ténèbres (White Wolf Publishing), une gamme de jeux de rôle qui a marqué une génération de joueurs… dont pas mal de futurs auteurs. Dans Vampire, on incarnait des vampires, dans Loup-garou des loups-garous (journée mondiale du scoop). Le système étant commun à toute la gamme (qui par la suite s’est étendue aux magiciens, fantômes, momies, démons, changelins…), on pouvait interchanger les créatures. Assez vite, buveurs de sang et lycanthropes en sont venus à se coller des bourre-pifs sur la tronche. L’idée a fait son chemin ici et là, des plagiaires (condamnés depuis) ont même accouché d’une franchise : Underworld (source de bien des rêves érotiques avec Kate Beckinsale…). Depuis, tu ne peux plus mettre en scène une des deux créatures sans l’autre. Et c’est comme ça qu’on a fini avec Twilight et une chiée de sous-romans produits avec l’anus. Pour le pire souvent et le meilleur parfois, Anne Rice est une championne olympique dans la discipline influence énorme.
Les Chroniques, c’est un autre niveau que les épigones souffreteux. Une quinzaine de romans si on inclut Les Nouveaux Contes des Vampires, certains communs avec La Saga des Sorcières (la tonne de majuscules, c’est cadeau, je relis Der Steppenwolf en ce moment, ça doit déteindre…). Une série avec ses hauts et ses bas. Le voleur de corps ne m’a pas emballé, j’ai trouvé Memnoch le démon très bavard. Les biographies (Marius dans Le Sang et l’Or – qui ne parle pas du RC Lens –, Armand, Pandora et Vittorio) reviennent aux sources, toniques et plaisantes à lire, même si je n’ai pas retrouvé les sensations des tout premiers volumes. Dans l’ensemble, une saga de bonne facture, dans tous les sens du mots. Si tu ne veux pas te ruiner dans l’intégrale, je te conseille d’investir dans les trois premiers : Entretien avec un vampire, Lestat le vampire et La reine des damnés.

Mercy Thompson
(Patricia Briggs)

Une série qui a tout pour me déplaire. Questionnement inexistant, réflexion zéro, personnages stéréotypés comme pas permis, style ni bon ni mauvais mais tellement lambda que le baptiser “style” relève du non-sens. Un univers qui vaut peanuts en inventivité, photocopié du Monde des Ténèbres avec ses changelins, fées, loups-garous, vampires, sorciers et démons. Un mètre-étalon du clonage, du recyclage et du foutage de gueule.
Pourtant j’aime bien, allez savoir pourquoi… Peut-être pour remercier l’expert(e) en communication qui a eu l’idée géniale de baptiser le genre “bit-lit”, autorisant les pires jeux de mot à base de bite (et je ne parle pas du verbe anglais pour mordre). Ou peut-être une certaine efficacité de l’ensemble qui a le mérite de fonctionner en dépit de ses carences et défauts. Une dose d’humour aussi, pas à s’en faire péter les jointures mais ça décontracte. De la lecture de divertissement qui divertit, elle est peut-être là l’explication. Ces romans font le taf, littérature fast-food, sans grande consistance mais qui atteint son objectif sur le moment. Des bouquins que je caserais en “plaisir coupable” si j’étais du genre à culpabiliser. Sauf que je pars du principe que c’est aux auteurs d’avoir honte de pondre du tout-venant plutôt qu’à nous, lecteurs, de nous les enfiler (les bouquins, pas les auteurs). C’est déjà beau qu’on lise au lieu de glander devant Les anges de la télé-réalité, on ne va pas en plus éprouver des remords.
Alors ça parle de quoi ? De Mercy Thompson. Une garagiste capable de se transformer en coyote, moitié femme forte à la Lara Croft, moitié princesse en détresse à la Disney. Son ancien boss était un fae (“petit peuple” du folklore à base de fées, elfes, nains, gobelins, gremlins), elle sort avec un loup-garou (bien sûr un chef de meute beau et fort, pas un péquenot subalterne), elle compte parmi ses clients un vampire fan de Scooby-Doo. Si ça se trouve, c’est pour ça que j’apprécie cette série, j’adore Scooby-Doo (source de bien des rêves érotiques avec Velma ou Daphné voire les deux). Il se passe plein de choses, certaines barbantes (la romance et les atermoiements à rallonge qui vont de pair), d’autres très péchues (meurtres, bastons, enlèvements, rixes, bagarres).
Supernatural du pauvre, pas de la grande littérature, mais ça repose les neurones.

Les pas encore finis ou pas encore lus

Ursula Le Guin
Ursula Le Guin, j’ai lu pas mal de ses nouvelles (pas ses statuts Facebook, ses récits courts de SF et fantasy). Auteur talentueuse s’il en est, textes intelligents, très portés sur l’humain et le verbe. Deux cycles me font de l’œil : Terremer et surtout L’Ekumen.

Anne MacCaffrey
La Ballade de Pern, ça doit bien faire vingt ans que j’en entends parler et autant que je me dis qu’il faut que je m’y mette. Ça fait beaucoup de “que” pour une seule phrase, normal le cycle parle de dragons, créatures à grosse queue s’il en est. De la SF avec de la fantasy dedans – on sait à quel point j’aime le mélange des genres – et Pocket qui a sorti l’intégrale en poche (vu l’épaisseur des volumes, je te raconte pas la taille des poches et du froc XXXXXXXXXXL), un de mes prochains investissements.

Marion Zimmer Bradley
J’ai hésité à conseiller La Romance de Ténébreuse de DBZ MZB. Je n’ai pas tout lu, loin de là, ça remonte à un bail en plus. M’enfin j’ai gardé de La planète aux vents de folie et de Reine des orages le souvenir de très bons livres.
D’un autre côté, MZB, c’est aussi quelqu’un qui a encouragé les fanfictions dans son univers, en a édité un paquet et lancé quelques auteurs en herbe… tout en tapant dans pas mal d’autres fanfics pour alimenter ses propres bouquins, moyennant des contreparties ridicules (ton nom en tout petit dans un coin et une poignée de biffetons pendant qu’elle en touchait des pleines remorques). Juste ce qu’il faut pour éviter qu’on l’accuse de plagiat ou de faire taffer des nègres littéraires à sa place. La grande classe… Sans parler des doutes sur la paternité (ou maternité) de bon nombre d’idées des romans ou nouvelles de Ténébreuse
Pire, j’ai beau avoir l’esprit large comme le trou de la Sécu, l’autre chose qui me chiffonne dans la bio de Bradley, c’est qu’elle a couvert les agissements pédophiles de son mari, a même trouvé le moyen de les justifier et a été accusée par deux de ses enfants d’abus sexuels. Ça refroidit.
D’où le fait que j’ai hésité à parler de Ténébreuse. Alors tu vas peut-être me dire qu’il faut savoir séparer l’œuvre et l’artiste. A quoi je te répondrai que c’est pas faux mais jusqu’à quel point ? La question mérite d’être posée, d’autant que ce sont pas les exemples qui manquent (Louis-Ferdinand Céline et ses pamphlets antisémites, Michael Jackson et la vérité qui sort de la bouche des enfants…). Mon conseil sera donc de te pencher sur cette question et quelques autres. Le concept de fan, qu’on élargira au cinéma, à la chanson, à la politique, à la religion. Jusqu’à quelle profondeur tu serais prêt à te carrer ton libre arbitre et ta dignité, juste pour un gus ou une nénette pas forcément meilleur que toi ? Tant qu’à parler gens, prends quatre heures pour disserter sur la notion d’auteur, que tu prendras soin d’écrire sans majuscule. Parce qu’un écrivain n’est pas un être qui plane au-dessus de ta tête parfait, bienveillant, constitué d’énergie pure, juste un être de chair et de sang, avec ses qualités et ses tares, comme tout le monde.
Après tu aviseras si tu lis Ténébreuse ou pas.

Sophie Jomain
Histoire de ne pas se limiter à des auteurs anglo-saxons, morts ou en âge d’être ma grand-mère, penchons-nous sur le cas d’une Française jeune ou à peu près (Sophie, si tu me lis, c’est cadeau).
Le cycle Felicity Atcock comporte sept tomes, six pour la trame principale plus un cross-over avec la “série” Orcus Morrigan (guillemets, parce qu’un titre, ça fait court) en collaboration avec Gillio. J’ai lu la moitié des aventures de Felicity il y a quelques mois déjà et pour maintenant, je crois que je reprendrai tout du début et d’une traite quand le dernier volume sera sorti en poche. Chronique du premier opus ici, du cross-over .
Une série plutôt girly comme on dit en bon français, mais qui me plaît bien. Je n’y croyais pas trop quand j’en ai entendu parler la première fois, je craignais un énième Twilight-like ou un sous-Supernatural. Certes, on se situe dans la mouvance whitewolfienne avec un mélange de créatures surnaturelles (anges, démons, zombies, vampires, loups-garous…), mais là où Briggs sert du réchauffé Jomain ne se contente pas d’un copier-coller de déjà-vu. Là-dessus, une ambiance mi-bonbonnière mi-culotte mouillée, une grosse giclée d’humour, une brochette de personnages sympatoches. En plus, Jomain écrit bien, avec un vrai style, point assez rare pour qu’on le souligne vu le nombre d’auteurs du genre qui ont fait une croix dessus. Confusion avec un vampire, sans doute… Grâce à elle, des gens ont pu découvrir en 2017 que les femmes savent écrire, sympa pour les Duras, Shelley, Sévigné, Sappho (private joke inside).
Tir groupé prévu en fin d’année pour ce cycle rafraîchissant.

Lectures de vacances :
épisode 1
épisode 2
épisode 4
épisode 5
épisode 6
épisode 7

3 réflexions sur « Lectures de vacances (3) »

  1. Jamais lu d’Agatha Christie, il faudrait peut-être que j’y remédie un jour ! D’Anne Rice, je n’ai lu que Lestat, lecture plutôt chouette de mémoire.

    Sophie Jomain, va falloir que je me finisse sa série écossaise et que je me remette à Félicity à l’occasion, j’ai aussi ses contemporains en attente dans ma PAL, je craque pour la (jeune) femme alors j’achète ses romans les yeux fermés ! 😀

    Merci pour cet article constructif (Mercy, pas envie de m’y mettre là, c’est long et la Bit lit n’est plus dans mes goûts du moment… Un jour peut-être ! 🙂 )

    1. Jomain, c’est une valeur sûre. Pour qu’elle arrive à me faire apprécier des bouquins avec de la romance dedans… 😀
      Christie, lis au moins “Dix petits nègres” ou “Le crime de l’Orient-Express”, sauf si tu les as vus à la télé et que tu connais déjà la fin. 😉

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