Lectures de vacances (1)

Mieux vaut lire tranquille chez soi que tenter le Diable à la mer…

Option 1 : tu es en vacances et tu es parti à la mer t’agglutiner avec des millions de glandus. De longues et ennuyeuses journées en perspective depuis que tu as compris – trop tard – qu’on faisait vite le tour de la question “bronzette sur la plage”.
Option 2 : tu es en vacances mais trop fauché pour partir. Finances éreintées par cinq ans de sarkozysme et autant de hollandisme… Tu pourrais occuper ton temps libre à vanter les mérites du macronisme, mais tu as compris que tu ferais vite le tour de la question vu qu’il n’y a rien à vanter.
Option 3 : tu n’es pas en vacances et tu estimes à juste titre qu’il n’y a pas de raison que tu trimes pendant que les autres glandent. Sauf qu’une journée au taf à se tourner les pouces, c’est long. Tu as bien pensé amener un jokari, mais dans le genre discret…

En clair, tu t’ennuies, tu rêves d’évasion sans devoir passer par la case prison. Sonnez hautbois, résonnez musettes, la lecture y pourvoira.
J’ai sélectionné pour toi quelques bouquins qui devraient t’occuper un moment. L’idée générale de cette série de billets en mode vacances étant de faire (re)découvrir un paquet de titres (une trentaine au total), je me contenterai d’une présentation rapide en attendant de m’atteler pour certains à des chroniques plus pointues dans les mois/années à venir.

Le plus beau, c’est qu’il m’en manque encore beaucoup.

Les aventures de San-Antonio
(Frédéric Dard puis Patrice Dard)

Entre la série originelle du paternel, les hors-série et la poursuite de l’œuvre par le fiston, plus de 200 titres t’attendent ! Un pan majeur de la littérature française par son ampleur, l’adhésion du public (on avance le chiffre de 200 millions d’exemplaires pour la série de Dard père), une reconnaissance universitaire tardive mais réelle, sans parler de la palanquée d’auteurs qui se réclament du même esprit et/ou de la même langue.
Ce long fleuve pas tranquille met en scène le commissaire San-Antonio dans des histoires mi-enquêtes policières mi-espionnage. Autour de lui gravite une galerie de personnages qu’on qualifiera de haute en couleur : Bérurier, Pinuche, Félicie, Marie-Marie, Mathias, Achille… Dépaysement assuré, tu visiteras un paquet de villes et pays (dont beaucoup sont imaginaires). Tu en profiteras pour étoffer ton vocabulaire grâce à la richesse du langage dardien, très argotique, capable de mélanger tous les registres possibles, jamais à court de néologismes. Au détour de phrases bien senties sur les travers humains, tu pourras aussi réfléchir un peu, ce qui ne gâche rien. Mais t’inquiète pas pour la prise de tête, les San-A ne risquent pas de te filer mal au crâne. Humour, gaudriole, délires, calembours à deux ronds, bienvenue dans un univers pétri de gauloiseries et de second degré. La rencontre improbable de Céline et d’un coussin péteur…

Le Guide du Routard galactique
Douglas Adams

Une “trilogie en cinq tomes” née d’une série radiophonique (note pour les jeunes génération : un genre de saga MP3 de l’ère pré-informatique). Le titre français varie au gré des procès et arrangements entre Denoël et Le Guide du Routard. On trouve donc Le Guide du Routard galactique, Le Routard galactique, Le Guide galactique, Guide du voyageur galactique.
Une épopée intersidérale qui demande moins d’accrocher à la SF qu’à l’humour absurde. La version radio date de 1978-80, le premier roman est sorti en 1979, des dates pas anodines pour ce type d’humour qui a connu son âge d’or outre-Manche à cette période. En tête, les Monty Python, du premier Flying Circus en 1969 au Sens de la vie en 1983. Même esprit du non-sens qu’on retrouve dans l’Hexagone à la même époque ou peu après chez Marcel Gotlib, Edika, Les Nuls…
A noter l’excellente VF de Jean Bonnefoy, également auteur de Surtout pas de panique !, un guide sur le guide drôle et bien fichu (offert à l’époque pour l’achat du coffret).

Cycle de Fondation
(Isaac Asimov)

Asimov reste une valeur sûre en matière de science-fiction. Un incontournable aussi bien en soi que pour appréhender une bonne partie du genre. La moitié des auteurs de SF ont été et sont encore influencés par le père Isaac, aussi bien comme modèle que contre-modèle.
Je prends ici Fondation, j’aurais pu citer n’importe quelle autre partie de son œuvre (par exemple son célébrissime corpus de nouvelles sur les robots), voire la totalité de sa biblio, puisqu’il a fait en sorte à travers ses derniers écrits de relier l’ensemble de son “histoire du futur”.
Vu que je pondrai un jour une chronique complète je ne vais pas cramer toutes mes munitions maintenant. En résumé : un analyste prévoit la désagrégation de l’Empire galactique et une ère de chaos juste derrière. Pour préserver la civilisation, il fonde (d’où le titre) une colonie planquée au fin fond de l’espace.
A la base du cycle, la psychohistoire, discipline touche-à-tout qui mêle l’histoire, la sociologie, la statistique… Grâce à elle, il serait possible de prévoir les grands mouvements évolutifs de l’Humanité. Un mélange entre la conception historique d’un Thucydide et celle d’un Laplace sur le calcul des probabilités et le déterminisme.
A l’arrivée, un cycle magistral de sept volumes (les cinq du coffret en photo plus deux situés avant (Prélude à Fondation et L’Aube de Fondation) qui mêle aventures spatiales, étude humaine et grandes questions de la philosophie de l’Histoire (cycles historiques, prédictibilité, figures hors normes et imprévisibles…).

Dune
(Frank Herbert)

Je ne vais pas revenir dessus vu que j’en ai parlé il n’y a pas longtemps ici.

Auxquels il faut ajouter ceux de mon frère, les prêts par des potes et les emprunts en bibliothèque.

Stephen King

L’auteur vendu au mètre… Pour m’être tapé une cinquantaine de titres d’un King qui porte bien son nom, dans l’ensemble on n’est pas volé sur la qualité. Je ne vais pas me lancer dans un déroulé des titres, parce que même avec une ligne d’avis pour chaque, on ne serait pas rendu.
Quatre chroniques sur le blog (Dead Zone, Ecriture, Mémoires d’un métier), Joyland et Roadmaster), il y en aura d’autres.

Nouvelles
(Fredric Brown, Philip K. Dick, Robert E. Howard
H. P. Lovecraft, Richard Matheson)

Si tu n’aimes pas les pavés ni les cycles qui s’étendent sur des milliers de pages, ou si tu ne disposes que de courtes plages horaires pour lire, il reste les nouvelles.

– Fredric Brown
Sur la photo, le coffret contient deux romans (Martiens, Go Home! et L’Univers en folie) et trois recueils (Une étoile m’a dit, Fantômes et Farfafouilles, Lune de miel en enfer). Si la SF se taille une part prépondérante (les titres parlent d’eux-mêmes), le fantastique n’est pas en reste. Les titres datent pour la plupart des années 50, avec quelques excroissances dans les années 40 et 60. Ils reflètent les préoccupations de l’époque (guerre froide, crainte d’apocalypse nucléaire, conquête spatiale, société de consommation), donc pas si éloignée des nôtres (terrorisme, perspectives d’apocalypse écologique, conquête numérique, société de consommation).
Le bonhomme est un excellent nouvelliste, expert en chutes et en micro-nouvelles. Ses textes se caractérisent par un humour parodique qui n’empêche pas un fond de sérieux. On ressort de là en se disant que l’humanité gagnerait beaucoup à se fendre la poire qu’à se mettre sur la tronche.

– Philip K. Dick
Intégrale des nouvelles en 4 volumes chez Denoël lue et relue. Egalement auteur prolifique de romans (je t’en ai mis une pile en bonus sur la photo).
Un de mes auteurs préférés de SF. Des textes souvent très sombres marqués par deux grandes questions : la réalité et l’humanité. Qu’est-ce que la réalité ? Qu’est-ce qui définit l’être humain ? En romans, je te dirais Le temps désarticulé pour la première et Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? pour la seconde (adaptés avec plus ou moins de liberté en The Truman Show et Blade Runner). En nouvelles… à peu près tous ses textes, qui explorent un tas de pistes de réponse. La science-fiction la plus intelligente que j’aie pu lire, à égalité avec Frank Herbert.

– Robert E. Howard
Sur Howard je la ferai courte, parce que tu as forcément entendu parler de Conan. Un type très grand, tout en muscles, avec une grosse épée, tu situes ?
En photo, je t’ai mis un unique bouquin, florilège de nouvelles paru chez Milady avec Conan dans le rôle titre. Il existe chez le même éditeur une intégrale en trois volumes (Conan le Cimmérien, L’Heure du Dragon, Les Clous Rouges) en passe de rejoindre ma bibliothèque. Je reparlerai donc de Monsieur Muscles à ce moment-là. Enfin en attendant, tu as de quoi t’occuper avec l’une ou l’autre version. De la fantasy classique, à l’ancienne, qui demande d’oublier les millions de pâles copies avant de s’y coller, mais qui reste une base en matière de héros iconique, d’aventures trépidantes et de contrées exotiques.

– H. P. Lovecraft
Si tu tombes sur les trois volumes des œuvres complètes du Maître de Providence, fais-toi plaisir. L’intégrale du bonhomme mérite le détour.
Le style est vieillot, faut reconnaître. Il l’était déjà à son époque, vu que Lovecraft se posait là dans la catégorie archaïque et ampoulé. Autre temps, autre façon d’écrire… Mais à côté de ça, un monument d’imagination et d’ambiance, sans parler des noms improbables qui t’assurent la victoire au Scrabble (Nyarlathotep en mot compte triple…). Antique et indémodable à la fois, il a influencé des types comme Robert Howard (celui dont je viens de parler), Clive Barker, Giger, Stephen King, une foule d’auteurs, de réalisateurs, de musiciens (Cradle of Filth, un exemple parmi cent cinquante mille dans la sphère metal), d’artistes graphiques ou plastiques…
Ecrivain d’horreur par excellence, plutôt orienté SF dans le sens où ses récits font la part belle aux créatures monstrueuses venues d’autres planètes ou d’autres dimensions, mais avec un cadre qui lorgne du côté du fantastique (atmosphère lugubre, ambiance de lisière entre notre réalité et une autre) et de la fantasy (avec ses sorciers et ses grimoires), parfois de l’onirique (les Contrées du Rêve).

– Richard Matheson
Un autre inspirateur de Stephen King, décidément… Je suis une légende et L’homme qui rétrécit, c’est lui ! Très bon romancier et pas manche non plus côté nouvelles. Son créneau, c’est la science-fiction qui joue sur le décalage avec la réalité à la manière du fantastique. Bref, une ambiance digne de La quatrième dimension. On ne sera donc pas étonné qu’il ait écrit quelques épisodes de la série.
Intégrale des nouvelles en trois volumes, soit une centaine de textes d’un excellent cocktail SF-fantastique-épouvante. Matheson est une pointure, capable de jouer sur le suspens pendant tout son récit et de t’amener à une chute qui fait mouche.

Lectures de vacances :
épisode 2
épisode 3
épisode 4
épisode 5
épisode 6
épisode 7

5 réflexions sur « Lectures de vacances (1) »

  1. Et bien c’est de la lecture estivale intelligente et qui demande un minimum de réflexions que tu nous présentes là… Je les connais tous mais je n’en ai lu aucun, la faute à un père (qui n’est plus là malheureusement) et un grand frère qui en ont lu une bonne partie ! ^^

    J’ai lu du Stephen King quand même ! Christine, mon préféré !

    1. Je pars du principe que pendant les vacances, on a le cerveau moins encombré par un tas de choses relous, donc davantage disponible pour réfléchir à ce qu’on lit. 😀 Et vu les univers, le côté divertissement/aventures/évasion permet de faire passer la pilule.
      Pour la suite, j’ai quelques auteurs et titres plus légers en stock (Mercy Thompson, Harry Potter)… et d’autres un peu moins (Rabelais).

  2. Dune évidemment, mais quelques autres monuments de la SF : Le printemps d’Helliconia de Brian Aldis (l’été et l’hiver aussi mais moins passionnant), Les dépossédés et La main gauche de la nuit de Ursula Le Guin, Le creuset du temps de John Brunner, Eon de Vernor Vinge et tant d’autres. Mais parmi tout ça je me rappelle de mon premier livre de SF : La planète oubliée (oublié le nom de l’auteur) et l’héroïne de fantastique de ma jeunesse : Jirel de Joiry de Catherine L Moore, dont les aventures ont certainement mal vieillies. La liste serait trop longue, mais ce sont des heures de lectures passionnantes qui peuplent encore ma mémoire (pas encore prête pour l’Alzheimer …)
    K tu manques à Omikron malgré tout 🙂

    1. Oublier le nom de l’auteur de “La planète oubliée”, c’est dans le ton, je trouve. Je suppose qu’il s’agit du bouquin de Murray Leinster (que je n’ai pas lu). 😉

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