Le Chant de Meute

Les Sentinelles de l’Ombre
T.4 Le Chant de Meute
(J. Arden)

Pas un jour sans que je ne me pose une question débile de chez débile… Il y a quelques mois, je me demandai s’il existait dans le vrai monde de l’IRL un vaccin contre la lycanthropie.
La réponse est oui.

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Avant d’attaquer la critique, contextualisons le bousin.
Je sortais d’une lecture pénible, du genre qui te fait pleurer du sang, Second Souffle, volume 3 de Lune Rouge d’Elena Guimard. Du souffle, j’en avais plus trop, m’enfin je me suis retrouvé à enquiller sur ce Chiant Chant de Meute qui ne m’a pas davantage convaincu.
Aujourd’hui encore, je soupçonne la personne qui m’a conseillé ces deux titres d’avoir voulu faire de moi l’instrument de son suicide. J’étais remonté, je l’aurais fumé, ce [censuré] de [censuré] qui [censuré] des [censuré]. Depuis, faut plus me parler de lycanthropes, sinon t’as droit au lavement à base de verre pilé et piment.
On l’aura compris, je n’ai pas aimé. Subjectif, certes, à plus forte raison parce que je n’appartiens pas au public cible. Mais même sous un angle plus objectif… pas glorieux, mon neveu.

Le seul intérêt de ce roman réside dans l’exercice critique : extraire un épisode de son cycle et l’évaluer en soi. La méthode a son défaut, que j’évacuerai en ne parlant pas de l’évolution des personnages ni de l’arc narratif global. Je n’ai pas lu les tomes précédents, je n’en ai aucune envie, je ne collerai le nez dedans que le jour où Poutine mimera la danse des canards cul nu devant le Kremlin.
Bon ben sorti de la saga, pris en lui-même, je cherche encore ce que raconte ce livre. Une histoire (?) avec juste un milieu, sans début ni fin, Aristote va pousser une gueulante. Il ne se passe rien qui fasse avancer le schmilblic, limite le premier chapitre pourrait embrayer direct sur le dernier. Cinquante pages suffiraient au lieu de trois cent cinquante. Si les autres volumes sont du même tonneau, un seul roman condenserait une histoire partie pour s’étaler sur deux mille et quelques pages.
Un reproche qui vaut pour un paquet d’auteurs de fantasy. Arrêtez de jouer à Harry Potter le logorrhéique, sans rire, ça lasse. Stop les cycles aussi interminables que soporifiques. Ou alors mettez du lourd dedans, pas du blabla creux, du vide enrobé de rien, du déja-vu revu ratavu. Pensez à tout ce papier qu’on économiserait, tous ces arbres innocents sauvés…

Commençons par les airs connus…
Le croisement des vampires et des dieux égyptiens rappelle Ann Rice (La Reine des Damnés) et les Séthites de World of Darkness. La richesse des mythologies vampirique et égyptienne offre pas mal de possiblités à exploiter donc pourquoi pas… A voir dans les autres volumes, parce que dans celui-ci, les dieux causent beaucoup et c’est à peu près tout. Cela dit, j’ai apprécié le personnage de Bastet, bien tourné et intéressant. Tout ce qui tourne autour de Seth, moins : méchant trop classique qui semble évadé de Stargate SG-1 (série que j’adore mais qui sur le long terme saoule de vilains dieux égyptiens).
L’affrontement loups-garous vs. vampires est devenu en quelques années un cliché de la fantasy contemporaine. Je me tairai sur Twilight sous peine de m’égarer en gros mots. Nombreux sont ceux, à commencer par Meyer, qui ont pompé sur le film Underworld… qui l’a lui-même plagié de deux JdR sortis chez White Wolf (Vampire et Loup-Garou dans la gamme World of Darkness). L’univers de WoD a été pillé comme pas possible par l’urban fantasy, tout le monde y fait son petit marché.
Coller des âmes sœurs aux loups-garous, encore une manie estampillée Twilight – présente chez Guimard aussi, tiens, et plein d’autres, donc un cliché, mais bref… Vu que le taux d’imagination de la mère Meyer avoisine sa température anale, je suppose qu’elle l’a piqué dans un vrai bouquin. (Si quelqu’un peut me dire lequel, je lui offre au choix une nuit d’amour ou un livre.)
Le personnage d’Okpara – gardien céleste ailé qui tente de comprendre les humains mais ne pige rien – est un décalque de l’ange Castiel dans la série TV Supernatural.
Les allusions au garage des loups-garous rappellent celui de la série Mercy Thompson de Patricia Briggs (grosse pillarde de White Wolf, la mère Briggs, soit dit en passant). En fait, l’ensemble du bouquin a un air de Briggs (qui n’en casse pas beaucoup).
Et cetera, et cetera, et cetera. S’ajoute le syndrome du catalogue : une batterie de références à la pop culture et à l’univers geek émaille le texte. Trop, trop, trop… On en revient à ce que je soulignais dans d’autres chroniques : digérer ses influences, ne pas les reclaquer telles quelles, savoir s’en éloigner.
Donc question : qu’y a-t-il d’original, d’inventif ? ou au moins de personnel ? Qu’est-ce que ce bouquin apporte au genre de plus et/ou de neuf ? La réponse tient en quatre lettres. Rien (ou vide ou zéro ou nada, t’as l’embarras du choix).
Qu’un lecteur absorbe, tel un buvard XXL, ok. Mais un auteur, non, il doit créer sa valeur ajoutée. Sinon, faut se lancer dans un autre style de couverture : le patchwork.

Je te vois arriver avec tes gros sabots même si on n’en porte plus depuis des lustres, et même si on ne compte plus en lustres depuis un bail. Bref, on s’en fout.
Tu pourrais me sortir qu’un fond moyen peut péter le feu si la forme relève le niveau. Comme le corsaire de l’espace, t’as pas tort.
Ouaip mais là… Trop d’adverbes en -ment, de verbes déclaratifs dans les dialogues, de scories, de maladresses… Problèmes de rythme et de découpage, dialogues surabondants, redites, intrigue qui patine… J’ai eu l’impression de lire le premier jet d’un premier roman… sauf qu’Arden n’en est plus à son coup d’essai.
Pour un récit à la première personne, le style reste trop littéraire, académique, quasi scolaire. Les phrases longues et le passé simple ne collent pas avec ce mode narratif et créent une distance avec le lecteur. Il manque la spontanéité d’une Felicity Atcock.
Le sens de l’image et de la comparaison m’a laissé perplexe. Je comprends chaque mot, l’ensemble m’échappe. Un peu comme si je disais “la couleur de la carotte m’évoque un pneu enflammé roulant dans la neige par une nuit de brouillard alors que le vent souffle dans les cyprès”. C’est trop long – Homère, sors de ce corps – et on ne bite rien.

Côté structure, l’histoire avance à deux à l’heure, les plages de dialogues s’étendent à n’en plus finir et viennent torpiller le peu de rythme. En clair, je me suis ennuyé comme devant Inglorious Bastards et ses bavardages aussi creux qu’interminables.
L’acte II et le climax se confondent sur une loooongue baston qui couvre le tiers du bouquin ou pas loin. Et pour pas grand-chose vu que cette scène aux airs d’affrontement final ne résout rien. Dix mille fois trop long ! On y cherche vainement une intensité dramatique, because héroïne atteinte du syndrome Gros Bill, surpuissante et surprotégée. Comment veux-tu ressentir une tension quand on sait qu’il n’arrivera rien à Anya ? Comparé aux Chroniques des Ravens dans lesquelles Barclay n’hésite pas à flinguer ses personnages principaux…
En résumé, acte I = préliminaires sans conviction ; acte II = tout le monde simule en criant très fort ; acte III = finish sur une demi-molle.

Je suis déception, parce que ce roman aurait pu être meilleur. Je l’ai assez décortiqué pour sentir qu’Arden n’a pas une plume dégueulasse quand elle s’y met à fond. Ici et là, elle accouche de phrases drôles, percutantes, bien tournées. Autant de fulgurances qui prouvent qu’elle est capable de très bien écrire.
J’ignore ce qui a foiré en route. Peut-être le drame des longs cycles qui finissent par lasser leur auteur au bout de x années à bosser sur la même chose. Ou peut-être pas, je ne suis pas dans la tête d’Arden. Faudra que je lui demande le jour où je la recroise dans un salon – où elle se montre d’un abord très sympathique, d’ailleurs – sauf à me faire accueillir à la chevrotine.
En attendant, je suis vacciné contre les loups-garous et les vampires pour un moment…

2 pensées sur “Le Chant de Meute”

  1. Mais j’aime Underworlds moi ! 😉

    Ah je me disais aussi, te voir écrire une chro positive sur ce genre là, hum, je ne suis pas bien sûre que ce soit fait pour toi (soit dit en passant, je ne l’ai pas lu…).

    Bon, il était offert au moins ?

    1. Pour Underworld, j’aime bien aussi (enfin le premier, parce que les autres…). Ça n’empêche que c’est tout pompé.
      Quand tu dis « ce genre-là », oh que si, il est fait pour moi. A la base, je suis élevé à la fantasy, aux vampires, loups-garous, spectres, etc. En revanche, vu la production actuelle dans le domaine, ouaip, je ne suis pas fait pour ce que les auteurs contemporains ont fait du genre (un ramassis de photocopies peu inspirées).
      Offert… oui, d’une certaine façon. Une connaissance me l’a filé (merci le cadeau empoisonné).

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