L’ère du Levant

L’ère du Levant
(Anne Frémaux)

Un space opera qui ne m’a pas emballé du tout, la partition ayant déjà été jouée par de bien meilleurs musiciens.

Sur la base des grands thèmes de la SF, un roman qui aurait pu… Mais non, sauf si on aime les compilations, et encore…
Brouettes d’adverbes en -ment, déluge de verbes introducteurs dans les dialogues, pas mal de défauts stylistiques rendent la lecture pénible. L’ensemble manque de rythme et ce ne sont pas les enjeux (basiques) ou l’intrigue (prévisible) qui redonnent du tonus. Il manque un je ne sais quoi de souffle épique pour que l’histoire décolle.
A la décharge de l’auteur, il s’agit de son premier roman. Mais ça fait quand même beaucoup de défauts.
Sur les personnages, un exemple qui en dit long : la bonne vieille Teutonne, méchante, portée sur l’eugénisme, ponctue ses phrases de “Ach”. Qui a dit caricature nanarde ?… Bon, là, je prends le cas extrême, les autres personnages ne sont pas aussi excessifs dans le trait. Ils restent malgré tout très standardisés, canoniques, archétypaux. On n’arrive jamais vraiment à s’identifier, à les aimer ou à les détester. Chacun représente un point de vue de ce roman à thèses, ce qui est bien vu pour confronter les opinions et les réactions. Mais à trop épouser des idées, ils se désincarnent. Délicat exercice que de placer des bouts d’essais dans la bouche de figures romanesques.
Résultat : du blabla pontifiant et beaucoup d’ennui.

Les influences, tant littéraires que philosophiques, s’enchaînent à la vitesse de la lumière.
Par exemple, quand on découvre une substance aux propriétés miraculeuses, qui rend les yeux de ses consommateurs translucides, on ne peut s’empêcher de penser à l’Epice de Dune.
Frank Herbert, Nietzsche, Platon, Edgar Morin, Norman Spinrad, Philip K. Dick, Bruce Sterling, Hans Moravec, Martine Rothblath, Jean-Michel Truong, Christophe Luxereau, Star Wars… Un pot-pourri encyclopédique de SF, post-humanisme, transhumanisme, cybernétique, genre de digest indigeste philosophico-science-fictionnesque auquel on préfèrera le Panorama de Jacques van Herp.
Je ne vais pas multiplier les exemples, mais on croise assez de “clins d’œil” (?) pour battre des paupières à un rythme stroboscopique. Sans parler des phrases qui ont un air de déjà lu. Au bout d’un moment, on se demande où est la touche personnelle derrière ce syndrome du catalogue qui rappelle les dissertations bancales des jeunes philosophes en classe de terminale.
Un essai sur le sujet, avec force citations, aurait peut-être été plus approprié et plus percutant. L’auteur connaît son sujet, c’est sûr, mais la forme pèche en tant que roman. Et c’est dommage, parce que sur le fond, la thématique ne manquait pas d’intérêt tant dans la littérature de SF que dans le questionnement immémorial sur l’humain, sa définition, son devenir.
L’Ere du Levant, pensum soporifique, sera donc plutôt celle du couchant.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *