Joyland

Joyland
(Stephen King)

Les éditeurs sont parfois très cons. En témoigne la quatrième de Joyland, lapidaire, racoleuse et mensongère… Si tu t’attends à un spin-off de Ça, tu en seras pour tes frais. Le bon plan pour décevoir le lecteur… Note qu’avec Stephen King, les éditeurs peuvent se permettre de déconner, Ça ça se vendra sur son seul nom quoi qu’il arrive…

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Le résumé, c’est les quatre pauvres lignes en bas. Et à part la grande roue un soir d’orage…

Oublie les clowns qui font peur et les fêtes foraines angoissantes… Peut-être qu’on essaiera de te vendre Joyland comme un récit fantastique ou un roman policier, pareil, du pipeau. Ok, on trouve une touche surnaturelle et un semblant d’enquête… habillages d’auteur et poudre de perlimpinpin.
Au cœur du sujet, une tranche de vie, des rites de passage, la peinture d’un microcosme : un roman anthropologique… mâtiné de Scooby-Doo.

Grand un, la tranche de vie…
En 1973, Devin Jones débarque à Joyland pour y bosser un été. Puceau, fauché, transi d’amour, immature, paumé… un bon petit gars coincé entre deux mondes, plus tout à fait ado mais pas encore adulte. Jeune et con.
C’est sa version plus âgée qui raconte l’histoire, avec dans la voix un mélange de dérision, de bienveillance, de recul, de nostalgie.
Dans mon autobiographie en 78 volumes à paraître un jour prochain, vous apprendrez que je partage moult points communs avec Devin-jeune et que je porte sur mon passé le même regard que Devin-vieux. L’identification avec les deux versions du personnage allait donc de soi. Cet enfoiré de Stephen King a bien réussi son coup ! Après lecture d’une quarantaine de ses bouquins, je connais “un peu” le bonhomme et ses procédés. N’empêche que sa justesse de ton, mi-attendri mi-consterné, m’a laissé sur le cul.
D’un côté, on a envie de filer à Devin des coups de pompe dans l’oignon pour le sortir de son auto-apitoiement… et puis on se dit qu’à son âge, on n’était pas très différent, pas plus malin, aussi désarmé. Des bleus, sans expérience de la vie, qu’est-ce qu’on aurait pu prendre comme décision mature et géniale ?…
Avec beaucoup d’humour, King nous renvoie à cette époque binaire, où tout paraissait à la fois simple et insurmontable, où on avançait au pifomètre en se posant trop et pas assez de questions, en général pas les bonnes. Devin se lance des vannes à lui-même, s’offre des aller-retour dans le temps, envoie des clins d’œil au lecteur et le replonge dans ses propres souvenirs.
Une aura de nostalgie enveloppe Joyland. Pas d’un âge d’or béat et gentillet – mine de rien, on doit encaisser beaucoup autour de la vingtaine –, mais celle de l’innocence face au monde. Celle aussi des premiers pas dans la vie d’adulte et des premiers accomplissements personnels.

Ses premières armes, Devin les fera à Joyland. Un choix qui n’a rien d’anodin : le lieu, à l’image du jeunot, se positionne avec un pied dans l’enfance et l’autre dans l’adultence.
Ce pays de la joie n’est pas un bordel mais un parc d’attractions, enfin une fête foraine… Les deux en fait. Comme le premier, il s’agit d’un ensemble en dur, pas itinérant. Avec cette particularité que de n’ouvrir qu’à la belle saison. Du second, il garde une échelle humaine loin des grosses machines à la Disney, une ambiance plus familiale que mercantile, une culture foraine héritée des travelling carnivals avec ses valeurs, son argot et sa galerie de personnages pittoresques.
A Joyland, on vend du rêve. Parce qu’il faut bien vivre, les forains font raquer les parents. Mais ils mettent un point d’honneur à respecter leur part du contrat : coller des étoiles plein les yeux des gamins. Du travail d’artisan, propre… et sur le déclin face au rouleau compresseur des parcs XXL. Citius, Altius, Fortius, Merdissimus.
Le nom comme l’ambiance évoquent la nostalgie d’un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître. L’histoire se passe en 1973. Deux ans plus tôt, Disney a ouvert sa deuxième pompe à flouse en Floride. Les Trente Glorieuses s’achèvent pour glisser vers les quarante merdeuses (en passe de devenir cinquante). Fidèle à son habitude, le père King brosse à merveille le portrait d’une époque, d’un état d’esprit, d’une certaine Amérique. Dans le constat que dresse Devin, tout n’était pas mieux avant, mais certaines choses si, quand même.

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La Tour Sombre, version personnelle…

Epoque crépusculaire, statut intermédiaire entre parc d’attractions et fête foraine, à la charnière des mondes enfantin et adulte, Joyland relève de l’entre-deux. Une enclave d’irréel où tout est pour de faux, boniment et poudre aux yeux. Dans cet univers à part, à l’instar d’Optimus, la notion de passage prime. Le roman pourrait sans problème se classer en conte initiatique.
Son “héros” a tout du gros niais que les épreuves transformeront en preux chevalier. C’est d’ailleurs en revêtant, telle une armure, son costume d’Howie, la mascotte du parc, que Devin va gagner en assurance et accomplir ses premiers faits d’armes. A défaut de cabine téléphonique, il se change dans un souterrain et en ressort transformé (la Terre-Mère comme matrice, symbole d’une seconde naissance, tout ça tout ça).
En anthropologue de la pensée foraine, King confronte Devin à tous les rites de passages possibles et imaginables. Arrivé comme un gamin qui visite Joyland, il va devoir s’intégrer aux adultes qui gèrent le parc, participer aux activités de la communauté et tenir son rang (mascotte, c’est un métier). Il rencontrera un chaman (Rozzie/Fortuna), descendra aux enfers (la Maison de l’Horreur), sera confronté au monde des esprits et à la mort. Il affrontera un guerrier ennemi en combat singulier. Et parce que dans la tête d’un mec, il y a une frontière entre l’avant et après, il plantera sa lance pour la première fois.
Pas de tout repos d’entrer dans le monde des grands…

Si je devais souligner un point noir dans le roman, le seul, il ne serait que gris clair, un demi-reproche.
Même si je n’ai pas été 100% convaincu par la touche Scooby-Doo fantastico-policière, je comprends sa présence. King peut difficilement s’en passer parce qu’il est King : les lecteurs attendent de lui qu’il respecte son étiquette… que lui-même déteste, se considérant comme romancier avant d’être auteur d’horreur/épouvante/fantastique. Mais parce qu’il est romancier, il écrit un roman (et un La Palice Award, un !), pas une biographie de Devin. On revient grosso modo à ce que disait Gillio que j’interviewais tantôt, sur la nécessité d’ajouter une intrigue et des éléments romanesques pour accrocher le lecteur.
Reste que si la partie enquête se tient en dépit de l’artifice évident, on n’en dira pas autant de la note surnaturelle. Très dispensable, elle ressemble à un trait d’union forcé avec Shining. Encore heureux qu’elle occupe si peu de place.

A défaut de clowns tueurs et de fête foraine terrifiante, Joyland offre une plongée dans le souvenir. “La vie m’a gratifié de fort belles années. (…) Mais quand même, des fois je déteste ce monde.” La vie c’est glop ou pas, ça dépend des jours. Sur cette idée affligeante de banalité, King se montre capable de pondre 400 pages profondes, belles et justes. Le gars sait vendre du rêve, y a pas à dire.

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Ne vous fiez pas aux quatrièmes de couverture !

Une réflexion sur « Joyland »

  1. Cette page concentre à elle seule 99% des commentaires de spam.
    Note pour les bots (qui ne peuvent pas me lire mais on s’en fout) :
    – “Joyland” est un roman de Stephen King, pas le nom d’un film porno comme vous semblez le croire
    – vos commentaires finissent à la poubelle avant même d’être publiés, ça ne sert à rien d’insister
    – arrêtez d’essayer de me vendre des filles d’Ukraine, ça ne m’intéresse pas !
    – idem les pilules bleues, ma tuyauterie fonctionne nickel

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