Je m’appelle Requiem et je t’…

Je m’appelle Requiem et je t’…
(Stanislas Petrosky)

D’après ce que j’en ai vu sur le oueb, on n’aurait, avant d’ouvrir le bouquin et obtenir la réponse, que deux alternatives pour compléter le titre : aimer ou emmerder. Preuve qu’on vit dans un monde de Bisounours ou de fieffés connards… au milieu peau de zob… Pourtant on a la réponse sous les zius et dins ch’titre.
Je m’appelle Requiem et je t’apostrophe… What else?

requiem

Après une préface de Nadine Monfils (un lien de parenté avec Noël Mamère ?) qui te spoile une bonne part du personnage, on découvre Estéban dans ses hautes et basses œuvres. Qui est-il, d’où vient-il, formidable génie de l’infini ?
Noam Estéban Lehydeux est un prêtre comme les autres : il jure, picole, cogne, baise… Une sœur Marie-Thérèse des Batignolles Rhapsody mais en mec. Seule différence avec ses confrères, il ne tripote pas les enfants et n’aime pas les pédophiles, surtout pas celui qui se plante une plume dans l’oignon et t’adoucit les lèvres (le fameux pédophile indien Bâton-à-Lèvres). Porteur de multiples casquettes, il assume les charges de curé, d’exorciste et de privé d’Eglise (dans le sens détective, pas excommunié). On le surnomme Requiem, y a un indice dans le titre.
Que dire de plus dans cette chronique qui n’ait déjà été évoqué dans les moult dithyrambes du ternet ?
Comme Atahualpa, le personnage de Requiem est un cas. Un héros trashouille qu’on aime à l’instar d’un Orcus. Une hénaurmité, un délire sur pattes. Un justicier slash bon vivant slash anar’ sur les bords à la San-Antonio, le gars qu’apprécie pas trop les règles… tout en appartenant à une institution où elles sont légion comme les démons dans Marc 5:9. On kiffe Requiem parce qu’il est tout et fait n’importe quoi. C’est le genre de type qui boirait un bidon d’essence pour pisser sur ton feu de camp deviendrait culte au cinéma, pulpfictionnesque en diable (cf. scène d’Ezéchiel 25:17).

Si tu viens de te marier, je te conseille de lire Je m’appelle Requiem et je t’apostrophe points de suspension. Quel rapport ? Ben déjà, y a ta nuit de noce comme rapport avec bobonne. Ensuite, tu feras l’économie d’un coûteux voyage à Venise. En compagnie de Requiem, tu te sentiras tel un doge au royaume de la gondole.
J’ai explosé de rire en reconnaissant au détour d’une page des têtes célèbres. Le vieux Maxime, par exemple, “qui se poivre le museau à longueur de journée au blanc Picon”.
Drôle de A à Z et de 0 à 9, festival de la déconne, trop sérieux s’abstenir. Le bouquin tient ses engagements niveau marrade. Tel oncle Ben, j’ai beaucoup ri. Ouvrez les vannes, lâchez les calembours. A se pisser dessus voire à se fignoler la pente si t’aimes mes contrepets.
Un bon bouquin, j’ai bien aimé et je ne regrette pas mon investissement. Si tu veux rigoler, saute dans les bras de Requiem !

Sauf que derrière, y a une marge entre la lecture et la chronique (ta mère). Là tu te sens comme après Pacific Rim. Non, pas trempé, Ducon, coincé plutôt… Film péchu, respectueux de son matériau d’inspiration (Lovecraft, kaijū, robots géants…), spectaculaire que t’en prends plein les mirettes… Première impression… Et dès que tu te poses et analyses le bousin, des défauts te sautent aux yeux aussi sûrement que Saccapine Sottopaf.
Tu l’aimes ce film, tu le trouves sympa et même bon… MAIS… L’éternel “mais”… Et, c’est bien connu, faut pas pousser mes “mais” dans les orties.

Première coquille, les couilles… ou l’inverse, j’hésite toujours. Je ne jette pas la pierre à l’auteur. D’une, je n’ai pas de cailloux-hiboux-joujoux sous la main. De deux, la responsabilité ne lui en incombe et décombe qu’à moitié. Ok, les fautes, il les a commises à la base. Mé tous le monde en fé. Assez de manuscrits ont défilé entre mes pattes pour pouvoir affirmer qu’aucun auteur, du pire au meilleur, n’est à l’abri d’une faute de frappe ou de syntaxe, d’un pléonasme, d’une répétition, de ces petites bourdes et scories qui se glissent çà et là.
A l’arrivée, il en passe toujours de ces merdouilles, ça arrive, c’est pas un drame, y a pas mort d’homme. Jusqu’à un certain point… Une, deux, trois, nous irons au bois, quatre, cinq, six, à la fin ça te les brise. Il est clair ici que des gens n’ont pas fait leur taf proprement niveau correction, relecture, édition…
Pour les chieurs comme bibi, à cheval sur Laure Tograff – et elle en redemande, la cochonne –, buter sur des coquilles devient vite relou. Un coup à s’écorcher les orteils, yippee-ki-yay…
Pour le coup, je décharge Stanislas (enfin, quand je dis “je décharge”, va pas t’imaginer des choses) de toute responsabilité : c’est l’éditeur que je tance.

Requiem présente aussi les défauts de ses qualités, si chers aux DRH lors des entretiens d’embauche. Paradoxe des paradoxes, la critique sourd de sa qualité d’écriture. Un comble…
Quelque part, j’étais condamné à aimer Je m’appelle etc., parce que j’adore San-Antonio. Comment veux-tu que je t’encule que je m’en sorte niveau critique ? Un bouquin forcément bien écrit puisqu’il aurait pu l’être par Dard himself, pas manche dans sa partie.
Se détacher des influences et des maîtres à penser, étape indispensable du parcours d’un auteur… En mode Confucius : “Je lève un coin du voile, si l’étudiant ne peut découvrir les trois autres, tant pis pour lui.”
L’hommage, oui, oui, oui… Oui mais non. Prenons un exemple que j’ai chroniqué, Les Disparus de l’A16, hommage lui aussi au père Dard, très proche de SanA, mais qui tente en parallèle ses trucs à lui, hors filiation directe.
Requiem relève du pastiche – chans glaçhons, ch’il vous plaît. Trop. D’un côté, je kiffe, pas le choix, c’est du bon. Dans le même temps, je ne peux m’empêcher de penser qu’il lui manque un petit quelque chose à soi. Il est où Petrosky là-dedans ? Pas dans mon cul, j’ai vérifié.
Problème, à vouloir caser tout San Antonio dans le même bouquin, de temps en temps une maladresse pointe le bout de ses tétons. Par exemple le running gag très sanantonien des vannes sur l’épouse du lecteur. Il revient une demi-douzaine de fois rien que sur les trente-quarante premières pages. Wow ! wow ! wow ! Mollo, l’artiste, on a compris… Vu qu’il est souvent question de ciné dans le roman, une petite astuce : jamais plus de trois fois du même procédé tu n’useras. (Un truc hérité du théâtre qui aime bien les rythmes ternaires, triangle amoureux, trois actes, trois unités, trois hommes-et-un-couffin…)

Corollaire du pastiche, le too much référentiel, un catalogue homérique qui te noie sous les allusions, clins de zyeux, titres, citations… Des incontournables de la littérature, du cinéma, de la chanson, des références. Moi, vous me connaissez, j’aime bien les références. La preuve, j’en ai collé des pleins cartons dans cette chronique, quitte à en devenir lourdingue (cf. supra le pédophile indien qui n’apporte rien au texte et gagnerait à dégager pour alléger le topo).
Ça me pose problème, parce que les références de Requiem sont inattaquables, because des pontes en leur domaine. Tu me vois chier dans les bottes d’Audiard ou de Renaud ? J’adore ces mecs, j’adore ce qu’ils font, parce qu’ils le font bien.
My name is Requiem and I screw you… se planque trop derrière ses références. Blindé d’arguments d’autorité, comment pourrait-on en dire du mal ? C’est pas faux, dirait Perceval (tiens, ‘core une).
Je déconseille d’organiser un jeu à boire sur la base de Yé m’appelle Requouiem et yé vais té touer. L’abus de santé nuit à la modération et vous allez crever d’une cirrhose avant d’atteindre la page 50.
Après, c’est peut-être ma faute. Méat coule pas. Tant de livres, tant de films, tant de chansons, t’as pas idée de ce que je me suis enquillé… Ma caboche, c’est le club échangiste des références, la boîte à partouze des Lettres et du septième art. A côté la cyclopédie de Diderot passerait pour un abrégé de la connaissance humaine en format poche. (Et des fois que tu te poses la question, mes chevilles vont bien.) Bref, je connais TOUTES les références évoquées dans Ich heiße Requiem und ich t’… Ben y en a trop, qu’est-ce que tu veux je te dise ? Une, deux, trois, quatre par page. N’en jetez plus, la coupe du monde est pleine. Un auteur n’est pas obligé de tout mettre de lui dans un bouquin… et si peu à la fois. Même question que tout à l’heure : où est la part personnelle derrière cette mosaïque ? Ah zut, v’là que je parle comme un prof…
L’érudition est une qualité, l’étalage un défaut. Et Stanislas, tu fais chier, si je puis me permettre (et je me permets, mon blog, mes règles…). Tu te colles pile à la frontière, je ne peux ni t’encenser ni te cogner sur la tronche. Parce que tu réussis à intégrer ces références au texte, à faire marrer à travers elles, ce qu’est le but recherché, pas juste Larousse qui sème à tout vent pour se la péter. Mais sans rire, pour le prochain, lève le pied, fais le tri, écris du toi.
Ton bouquin est aussi bon qu’un volume des aventures de San-Antonio (sacré compliment, n’est-ce pas, et sincère), mais comme je demandais à ma concierge, pourquoi réinventer la roue, bignole ?

Je m’appelle Requiem… enfin pas moi, lui, mais il dit je comme moi…
Ce livre, donc, constitue un excellent pastiche de Frédéric Dard. Truculent et très culier, rigolo et rigolard. Avec un héros pas piqué des hannetons-prend-sa-faucille, qui t’embarque pour une virée pleine de bruit et de gaudriole.
Si tu aimes San-Antonio, tu navigueras en terre familière et retrouveras l’esprit du Dabe. Sinon, je me demande pour quelle raison tu as lu cette chronique jusqu’au bout… Tant qu’à être là, teste la came, tu ne seras pas déçu. Allez, sniffe un grand coup. Du beau, du bon, du beau nez !
Après, pour le trop-plein de références, ma foi, à chacun d’apprécier en fonction des siennes, de références…
Bienheureux les simples d’esprit…

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