Critiques express (6)

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Photo non contractuelle. Dans la vraie vie, j’ai moins de poitrine et mes cornes sont plus courtes.

A l’heure où tout Internet t’abreuve d’idées de cadeaux pour Noël, je préfère procéder par élimination. Voici donc une liste de bouquins dont tu peux te dispenser, sauf si tu veux les offrir à quelqu’un que tu n’aimes pas : Les Elus (Eugénie Lefez), Ubiquity (Lionel Behra) et les anthologies des péchés capitaux (Librio).

pouvoirsPouvoirs
Tome 1, Les Elus
(Eugénie Lefez)

Cas particulier que ce bouquin, puisqu’il s’agit du premier à compte d’auteur dont je parle ici. Tu vas me dire “billevesées ! y a marqué Editions Persée !” et je te répondrai de fermer ta gueule parce que je suis un grossier personnage. Persée est un pseudo-éditeur qui te demande du pognon pour sortir ton bouquin, soit la définition du compte d’auteur. Pour euphémiser, je ne pense pas beaucoup de bien de ce genre d’éditeur. Images de braises, tisonnier, rectum… mon côté Torquemada…
Revenons-en à la blondinette de Pouvoirs.
Le monde de la littérature jeunesse est pour moi une terra incognita. Certes, je fus jeune a long time ago, mais je n’ai pas touché longtemps à ces âneries qu’on baptise aujourd’hui young adult. J’avais fini Homère avant d’entrer au collège donc voilà. La soupe pour les 6-8 ans qui ferait passer Le Club des Cinq pour une littérature ardue, très peu pour moi.
Les Elus, bof. Je devrais être très méchant avec ce livre, sauf que son auteur est une nénette à peine sortie du lycée. Te méprends pas, faire pleurer les jeunes filles ne m’empêche pas de dormir. C’est juste que pour un premier roman d’un aussi jeune auteur, ce bouquin n’est pas honteux. Il n’est pas extraordinaire, je n’ai pas aimé, n’empêche que j’ai lu bien pire chez des auteurs dits chevronnés.
Après, y a pas de quoi se relever la nuit. Entre sentences simplistes et dialogues interminables, palimpseste de références (une espèce de X-Men feat. Harry Potter) et style scolaire, ce bouquin est symptomatique du niveau actuel des genres de l’imaginaire. Chez les jeunes auteurs comme ceux qui ont de la bouteille, fantasy, SF, dystopie, super-héros, fantastique, tournent en rond à recycler les mêmes stéréotypes dans les mêmes situations entrecoupées rallongées des mêmes dialogues creux. Une espèce de grosse franchise hollywoodienne format papier où chacun se conforme à un cahier des charges d’une pauvreté abyssale. Il serait temps que les auteurs concernés (ré)apprennent à créer, inventer, innover – à la manière d’un Hauchecorne, par exemple.

ubiquityUbiquity
(Lionel Behra)

Roman très moyen et surtout inutile. A croire que dès que les auteurs s’aventurent dans le domaine de l’ubiquité (jumeau, clone, doppelgänger, ami imaginaire, sosie, usurpateur d’identité…), ils se sentent obligés de recycler le même topos de double maléfique. Ça vaut pour les scénaristes. Cette histoire, on l’a lue mille fois et vue autant. Entre lieux communs, déjà vu, incohérences, on dirait un mauvais téléfilm policier français. La combine est éventée si vite et de façon si évidente que le roman devient ennuyeux dès son premier quart. Passons sur les scènes téléphonées, genre coup monté grossier pour que les crimes de l’un retombent sur le dos de l’autre.
Rien d’intéressant, rien de prenant, que du fait et refait, prévisible. On patauge dans le bof et l’inutile.
Je conseille de lire à la place la nouvelle Etre humain, c’est… de Philip K. Dick, qui, vu le nombre de points communs dont la résolution, est une source flagrante de ce machin. Un jumeau mais en mieux. Logique, Dick, c’est Dick et il n’écrit pas comme un manche en dépit de son nom.

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Pour le huitième péché, la banane, il y a deux écoles selon l’orifice d’entrée : la gourmandise et la luxure.

Les Sept Péchés Capitaux

Sept recueils parus en Librio, qui ont le défaut de leurs qualités. Ils balayent large dans les genres et les formats. Théâtre, conte, roman, lettres, traité, il y a de tout. On est donc sûr de ne pas tout aimer et dans le même temps à peu près sûr de trouver au moins un texte auquel on accroche.
L’ensemble n’emballe pas plus que ça. J’attendais beaucoup du volume sur la luxure, mais Apollinaire (Les onze mille verges) et Sade ont dû se perdre en route. Celui sur la paresse comporte onze textes d’auteurs français sur un total de treize, à croire que nous sommes champions du monde de la glande (peut-être bien en fait…).
Le gros problème vient surtout de la sélection. La liste des péchés capitaux doit beaucoup à saint Thomas d’Aquin dont la Somme théologique date du XIIIe siècle. Au mieux, on remontera à Evagre le Pontique (IVe s.). La notion même de péché capital relève du seul christianisme. On se demande donc ce que viennent faire dans ces recueils des auteurs antérieurs, à plus forte raison païens. Certes, on peut les rattacher en généralisant l’idée de vice, mais dans ce cas, fallait pas baptiser la série du nom aussi exclusif que le concept des péchés capitaux. Je cherche toujours le rapport entre Homère et le christianisme, pour ne citer que lui…
Autre problème dans le choix des textes, la totalité des auteurs sélectionnés sont européens et encore, c’est beaucoup dire. Trois quarts de Français, le restant à moitié mangé par des auteurs gréco-latins hors sujet. Le péché capital dans le christianisme orthodoxe ? Un texte russe. Byzance et l’Europe de l’Est ? Evacuées. La très catholique Espagne ? l’Italie ? A peine présentes. La Teutonie qui a passé plus de temps à s’appeler Saint-Empire qu’Allemagne ? Partie planter des choux à la mode de chez  nous. Le continent américain intégralement chrétien depuis un bail ? Invisible. Idem l’Afrique qui a pourtant connu la colonisation missionnaire.
Bref, une sélection qui pèche beaucoup. C’est dans le ton, tu me diras.

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