Conseils pour lancer son blog (14 et 15)

Conseils pour lancer son blog (14 et 15)
14 – Gagner de l’argent
15 – Le service presse (SP)

Les meilleures choses ont une fin… Clôture de la série avec un joli doublé.

14 – Gagner de l’argent

Gagner de l’argent avec son blog ? Possible ?
Si tu vises l’enrichissement, oublie. Change de branche, deviens criminel ou blogueuse mode/beauté/lifestyle. Vu l’audience moyenne des blogs littéraires, à plus forte raison les francophones qui touchent BEAUCOUP moins de monde que les anglophones, tu ne risques pas de partir en voyage aux Bahamas avec option coke et call-girls à volonté.
Je ne gagne rien avec Un K à part, je ne fais rien pour, tu me diras. J’ai ouvert le blog avec l’idée d’offrir du contenu, pas de le vendre, ce n’est donc pas demain la veille que je viendrai mendier de l’oseille. Et bon, vu les besoins du blog (50€ à l’année), ça va, je peux me débrouiller sans lancer une souscription nationale.
Si un jour il doit être question de pognon sur Un K à part – par exemple une chaîne YouTube qui demande un investissement en matériel et logiciels – je passerai peut-être par du financement participatif, sous réserve que le budget dépasse de beaucoup mes moyens. Un truc à la Patreon ou Tipeee où les gens donnent ce qu’ils veulent, quand ils veulent, s’ils le veulent. C’est clair, libre, pas parfait mais toujours mieux qu’imposer des pubs ou vendre sa dignité.
Après, je comprends qu’on puisse vouloir amortir le coût qui est assez conséquent dans notre cas, rien qu’avec les bouquins (plus l’hébergement). Toute peine mérite-t-elle salaire ? Vu le temps et l’énergie consacrés à nos blogs, la question mérite d’être posée. Je n’ai aucune réponse définitive à te donner, les deux options se valent sur le principe. La pratique, c’est une autre paire de manches…
Je me connais assez pour savoir qu’il ne faut surtout pas que je gagne un centime avec Un K à part. Je veux que ça reste un blog d’amateur, que je tiens par passion et dans le cadre d’un loisir. Tant que ça me coûte du blé, je reste dans ce cadre qui me convient très bien. Sinon, je vais y voir une forme de taf, donc quelque chose d’ennuyeux et routinier.

Quel que soit le format ou le nom qu’on donne aux divers biais pour rentrer du flouse, ils se résument en un seul : publicité.

– Pour les bannières, liens, vidéos que tu colles dans les marges de ton site, tu gagneras peanuts même avec un énorme volume de visites. Est-ce que ça vaut vraiment le coup de saloper le design de ton blog pour 6 à 10€ par mois ?
Il n’y en aura jamais sur Un K à part, je crois que tu l’auras compris si tu as lu les chapitres précédents (dans le cas contraire, pourquoi commencer par le dernier ?). On est assez abreuvé de pubs comme ça – même avec le filtrage d’AdBlock – pour ne pas que j’apporte ma pierre à cet édifice qui me répugne.

– Les affiliations à tel ou tel site de vente. On va prendre un exemple concret. Tu vas sur Amazon, tu t’inscris au Club Partenaires, tu colles dans tes chroniques un lien vers Amazon pour que les gens achètent le bouquin là-bas, tu récupères un pourcentage (5%… ou 0% dans certains cas, ça fait envie…). Le vice est évident : si tu veux gagner du blé, faut que les gens achètent le bouquin, donc que tu leur donnes envie en orientant tes critiques dans le bon sens. En plus, tu ne te feras pas que des amis parmi les libraires indépendants (à commencer par Gérard Collard de La griffe noire). Tu seras aussi très mal placé pour venir chouiner ensuite que telle ou telle librairie ferme ses portes.

– Les “publications sponsorisées” sont une appellation bon teint pour de la propagande. En clair, une marque te paye pour que tu écrives un article dithyrambique sur un produit (livre ou liseuse dans notre cas littéraire). Quel que soit ton avis réel, tu dois dire que tu l’as trouvé super.
A noter que la loi t’oblige à préciser que ton article est “sponsorisé” (quel euphémisme pour de la publicité…).
Tu vends ton indépendance pour pas cher… Pour gagner du temps sur ce que je pense de cette pratique, je te renvoie à un dictionnaire de gros mots.

– Enfin, il y a le “test”. Dans le cas des blogs littéraires, on appelle ça le service presse (SP pour les intimes). Pas une pub en tant que telle, puisque tu es censé produire un avis sincère, mais en pratique…

La république des Lettres, un peu caricatural mais avec un joli fond de vérité.

15 – Le service presse

Les fameux “service presse”, ces bouquins que les auteurs et les éditeurs t’envoient pour que tu les chroniques… Là-dessus, je te renvoie à ma politique sur le sujet. Si tu as la flemme de lire, je te le remets ici avec quelques développements en bonus.

Un blogueur, une blogueuse, c’est à la base un internaute lambda. Un type, une nana, qui parle de tel ou tel sujet par passion, pas par intérêt. Quelqu’un qui n’appartient pas au “système”, indépendant, hors médias traditionnels et grands noms de la com’. Une personne accessible, avec qui on peut échanger directement. Liberté, proximité, horizontalité, un genre de pote virtuel. On écoute sans méfiance son avis. Le suivre, c’est autre chose, mais si toutes les marques arrosent la blogosphère, c’est bien parce que les blogueurs peuvent avoir leur influence à plus ou moins grande échelle. L’impact réel sur les ventes ? Aucune idée. Toujours est-il que, même sans retombées directes, les blogs permettent de faire parler d’une marque ou d’un produit. Et ça vaut pour tous les types de blogs, sur n’importe quel sujet.
Les éditeurs l’ont bien compris : les blogs littéraires sont un bon plan pour faire connaître leur maison d’édition, leurs auteurs, leurs bouquins. En soi, pas de problème. Je pense aux petits éditeurs qui n’ont pas de gros moyens. Ils doivent faire l’impasse sur les pubs pleine page dans les journaux et les maxi affiches en gare ou en abribus. Les blogs offrent un vecteur promotionnel à moindres frais. D’après les échos que j’ai eus, les retombées niveau ventes de livres sont négligeables. Cela dit, en termes de diffusion et de notoriété, les conséquences sont réelles.
Idem les auteurs. Parce qu’on dit “les SP” en général, mais tous n’émanent pas des éditeurs et les deux cas ne se confondent pas toujours. Mêmes motivations et mêmes logiques dans le cas des auteurs – il faut bien qu’ils vendent leur papier – qui peut aussi s’accompagner d’une valorisation du travail des blogueurs. Quand un auteur que tu apprécies s’intéresse à tes chroniques, c’est flatteur, faut reconnaître.
Un échange de bons procédés. Sur le papier.

Tu te doutes bien que cette pratique ouvre la porte à toutes les dérives possibles et imaginables. Tu m’étonnes qu’après, les blogueurs aient une réputation de lèche-culs. Faut entendre comment on parle de nous dans les off des salons… et pas toujours à tort, loin de là !
Moult critiques professionnels et blogueurs amateurs vampirisent les éditeurs et se constituent des “trésors de guerre” qui ne leur coûtent rien. Chaque mois, la liste des dernières sorties est pompée à mort, une partie atterrira sur ebay ou autre site de vente entre particuliers.
Derrière, chroniques de complaisance  à l’avenant, tout il est bien, tout il est beau, parce que ce serait dommage de dire du mal et de se voir fermer le robinet à bouquins.
Autant dire que quand un article commence par “je remercie les éditions machin…”, je lis la suite avec une extrême méfiance… quand je la lis. Le texte est-il sincère ou un simple placement de produit (en clair une pub déguisée en chronique) ? Le problème, c’est que ça retombe même sur les blogueurs honnêtes. Certains mentionnent le SP par souci de transparence et ils se retrouvent à susciter le doute alors que leur démarche et leur avis sont sincères. Comme d’hab’, les conneries des uns retombent sur tout le monde.
Si tu te lances dans le blogging pour recevoir des bouquins – comme c’est trop souvent le cas –, tu te trompes de démarche. Deviens éditeur, les auteurs t’enverront des manuscrits, tu ne seras jamais à court de lecture. Ou bibliothécaire, ou libraire, bref des professions du livre. Si tu veux sucer, joins l’utile à l’agréable, lance-toi plutôt dans la prostitution ou le porno.
J’ajouterai que la faute en revient autant aux éditeurs (certains, pas tous) qui dispatchent les SP comme la mafia arrose des juges ripoux. A ce niveau-là, il n’est pas question de bons procédés, à peine de promotion, c’est carrément de la corruption. Limite si on ne te dit pas quoi mettre dans la chronique… On en appelle aux plus bas instincts. La rapacité, et pourquoi se priver puisqu’on te file ce que tu demandes ? Ou encore la culpabilité qui te pousse à ne pas dire du mal d’un bouquin sous prétexte qu’il est “cadeau” alors que tu n’as pas aimé et que tu l’as trouvé nase.
A l’arrivée, le système devient un cercle vicieux qui fausse le jeu pour le lecteur, considéré comme un simple client bébête. Osef s’il est déçu par un roman soi-disant génial, trop tard, il a craché au bassinet, c’est tout ce qui importe.

Des éditeurs qui se prennent pour des dieux parce qu’ils savent où est rangée la boîte à gâteaux… d’autres qui ont la trouille d’un mauvais papier s’ils refusent de céder aux exigences… des blogueurs qui se vendent pour le prix d’un bouquin (les éditeurs ont trouvé le moyen de pécho à pas cher comparé au prix d’un resto et d’un bouquet de fleurs), donnent dans le consensus et avalent pour continuer à recevoir leur dose mensuelle… d’autres qui ont peur de froisser… Ce qui en ressort (cf. tableau supra), c’est que tout le monde suce tout le monde et que tout le monde tient tout le monde par les couilles (ou les ovaires). Impression dominante mais fausse. Dans quelle proportion, aucune idée (ben oui, personne ne se vante de faire la pute).
A côté de ça, on trouve aussi des auteurs/éditeurs corrects dans leur démarche, qui te proposent un bouquin sans chercher à t’orienter, des blogueurs qui savent se tenir, demander des SP en quantité raisonnable, en refuser certains, donner le fond véritable de leur pensée. Y en a, mais je n’ai pas l’impression qu’on soit nombreux.

Quelques conseils, qui valent aussi pour les appels à chroniques sur les réseaux sociaux :
– n’oublie jamais oublier que le SP n’est pas une fin en soi.
– évite de mendier des SP, on peut en recevoir sans rien demander (j’en suis la preuve vivante).
– si tu demandes des SP, fais preuve de modération. Je connais des confrères et consœurs qui contactent des éditeurs pour recevoir tel ou tel bouquin et point. La demande est occasionnelle, concerne un bouquin, pas le catalogue, un éditeur, pas cent cinquante. Tous les blogueurs ne sont pas des pillards.
– si tu en arrives à chroniquer plus de SP que de livres payés, achète une corde (ou demande à un magasin de bricolage de t’en envoyer une en SP).
– ne te rabaisse jamais devant un éditeur au motif que tu ne  serais qu’un petit blogueur : s’il vient te proposer un SP, c’est lui qui est en position de demandeur. N’en profite pas non plus pour te comporter comme un connard. Ce n’est pas parce qu’il est position de demandeur que tu dois prendre le melon et jouer les dictateurs.
– n’accepte jamais les “mauvais” SP (bouquins que tu es sûr de ne pas aimer, que tu n’auras le temps de lire, que tu n’oses pas refuser), tu as le droit de dire non.
– un SP n’est pas un cadeau, puisqu’en échange tu vas donner de ton temps. Tu n’es redevable que de deux choses, lire le livre et le chroniquer, tu ne dois rien de plus à l’éditeur.
– sois honnête dans ta critique, c’est le point le plus important. Tu écris pour ceux qui te lisent pas pour les éditeurs. Si ça te gêne de publier une critique négative, parles-en avec l’éditeur ou, mieux, l’auteur. Si tu es comme moi du genre à appeler une bouse une bouse, préviens l’éditeur dès le départ que le SP est à ses risques et périls. Dans tous les cas, sois franc avec tout le monde, ça évite les mauvaises surprises d’un côté comme de l’autre.

Sur Un K à part, la politique est simple : l’attentisme.
Déjà, je n’ai pas pour habitude de réclamer, question d’éducation. Ensuite, j’ai toujours payé mes bouquins, je ne vois pas en quoi le fait d’être devenu blogueur me donnerait le droit de réclamer des livres gratos. Si on aime lire, on achète ses livres, sans quoi à terme tout le secteur mettra la clé sous la porte (éditeurs, auteurs, libraires, illustrateurs, imprimeurs, correcteurs…). Avis qui n’engage quoi moi.
Les seuls SP que j’ai reçus m’ont été proposés par des éditeurs ou des auteurs, toujours à leur initiative. Les appels à chronique, ok faut postuler (donc demander d’une certaine façon), mais c’est pas moi m’dame, c’est l’éditeur qui a commencé en lançant ledit appel. Masse Critique est un cas particulier aussi, puisqu’on peut soit candidater, soit être contacté par un responsable SP de Babelio.
Des SP, j’en ai accepté huit en un an et refusé le double. 8 sur 130 bouquins chroniqués, niveau proportions, ça va (et comparé à ma bibliothèque intégrale qui bordure les 2000 bouquins achetés…).
Dans le lot, il y a 5 SP “classique” (l’éditeur ou l’auteur envoie un mail en proposant de découvrir tel ou tel bouquin, i.e. Lune Ecarlate), 2 appels à chronique, 1 Masse Critique (jamais postulé mais sans que je demande rien, on m’en a proposé trois… une fois m’a suffi).
Avant d’accepter, je me livre toujours à quelques recherches pour voir où je m’aventure (catalogue de l’éditeur, biblio de l’auteur, extrait du bouquin…).
Je ne chronique du SP qu’à certaines conditions, à savoir que le bouquin soit susceptible d’intérêt, que le contact se fasse d’égal à égal avec des interlocuteurs prêts à accepter la critique (pas de “je suis un Auteur/un Editeur avec une majuscule et toi un petit blogueur de merde à ma botte”) et que je garde une totale liberté dans mon propos.
Bizarrement, le contact passe mieux avec les auteurs qu’avec les éditeurs à plein temps (Lune Ecarlate est un cas particulier, l’éditrice a aussi la casquette d’auteur).
Pour des raisons économiques à l’égard des petits éditeurs et des auto-édités, je privilégie autant que possible les versions numériques alors que je déteste ce format. Sur les huit SP que j’ai chroniqués, deux étaient en papier, les autres en epub ou pdf. Je pense que si les éditeurs ne proposaient que des ouvrages numériques en SP, ils auraient affaire à moins de sangsues. Sans compter que la promo leur coûterait beaucoup moins cher.

Conclusion

C’est ici que s’achèvent les leçons du professeur Fred sur les blogs littéraires.
A priori, je n’ai rien oublié, tu as toutes les infos nécessaires pour élaborer ta démarche et lancer ton blog. S’il te reste des questions, si tu as besoin d’éclaircissements, n’hésite pas à demander (tu vas et tu choisis ton lance-missives préféré).
Merci pour les nombreux retours en cours de route. Tous les articles étaient déjà rédigés quand j’ai publié le numéro zéro, mais j’ai pu apporter pas mal de retouches au fur et à mesure des parutions grâce à vos remarques en commentaires ou MP. Des échanges constructifs comme on aime.

0) Préambule
1) Pourquoi un blog ?
2) Les outils
3) Les contraintes
4) Le concept et la ligne éditoriale
5) La structure
6) Un nom qui claque
7) Le choix dans la date
8) La plateforme et l’hébergement
9) Le mail et le contact
10) Un design qui pète (mais pas trop)
11) Les publications
12) Améliorer son référencement
13) Travailler ses réseaux
14) Gagner de l’argent ?
15) Le service presse (SP)

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