Chéloïdes

Chéloïdes
Chronique punk

(Morgane Caussarieu)

Une chronique qui sort avant la parution officielle du bouquin, ça faisait longtemps, ça m’avait manqué.
Sauf erreur, Chéloïdes ne sera pas disponible en librairie avant la semaine prochaine. Des petits veinards ont pu se le procurer en avant-première aux Halliennales. Avec en prime la dédicace et le plaisir de rencontrer l’auteur.

Caussarieu, j’en entends parler depuis un bon moment. Chéloïdes est mon premier, le roman du dépucelage (ou baptême du feu, selon que tu préfères les métaphores guerrières aux sexuelles). Pas le dernier, tu peux me croire !
Ce bouquin n’a qu’un seul défaut, celui d’être compliqué à chroniquer. La quatrième résume l’essentiel, en ayant le bon goût de ne pas spoiler à mort. Ce que je pourrais dire par-dessus tiendrait de la paraphrase.
L’histoire de deux jeunes, marginaux, paumés dans leur vie et dans leur tête, qui se rencontrent et vivent une love story trashouille. Tu les suis dans des coins plus underground les uns que les autres. Du sexe, de la drogue, de l’alcool, de la musique, dans une ambiance glauque et autodestructrice.
(C’était donc un paragraphe de paraphrase offert par la maison.)

Sur le papier, ce n’est le genre de bouquin qui part gagnant avec moi.
Les romances, histoires d’amour, bluettes et autres love stories ne me parlent pas. J’ai la capacité émotionnelle d’une brique et pas des masses de patience avec les happy ends ou fins tragiques vues et revues depuis quatre siècles.
Beaucoup d’histoires d’errance ont tendance à tourner en rond. La perdition des personnages paume le lecteur dans le tsointsoin psychologique à deux balles, l’ennui et/ou le trash pour le trash sans profondeur derrière. Niveau crédibilité des milieux underground, neuf auteurs sur dix ne savent pas de quoi ils parlent. Vive le tour de manège dans la foire aux stéréotypes en mode reportage M6.
Chéloïdes, rien de tout ça, l’antithèse même. Lu d’une traite et adoré.
Cette “chronique punk” tient les promesses de son sous-titre. Les péripéties des tourtereaux, les lieux où ils traînent, les personnages qu’ils rencontrent, enfin un récit qui ne sent pas la seconde main. Vrai, juste et crédible, voilà comment ça sonne. Caussarieu sait de quoi elle parle, on le sent – une allusion aux milieux qu’elle a fréquentés viendra le confirmer dans les remerciements.
S’ajoute une grande qualité d’écriture en termes de style. Cru, argotique, plein de verlan mais pas dénué d’un certain lyrisme, une espèce de poésie punk trash et tragique. Et comme le style, c’est ce qui manque à 99% des bouquins qui te parlent de gens qui s’aiment, j’étais bien content d’en trouver. Merci, Morgane.

C’est pessimiste comme du Céline… avec sa musique omniprésente, référencé comme un Bret Easton Ellis qui pointerait sa lorgnette à l’autre bout du spectre social d’American Psycho… défoncé comme Trainspotting et porteur de la même puissance destructrice inéluctable qu’un Requiem for a Dream… barge comme du Fight Club (le bouquin plus que le film)… désabusé comme du Nirvana…
En un mot No future (ce qui en fait deux, mais je suis une bille en calcul mental).
Roman nihiliste, oui et non. Dans sa thématique, oui, on l’aura compris. Mais non dans le sens où Caussarieu ne fait que raconter (une chronique, quoi, c’est marqué dessus, comme le Port-Salut). En tordu, glauque, malsain, on trouvera de quoi dans le bouquin mais sans glorification ni jugement… et même sans neutralité froide et clinique, l’attachement de Caussarieu pour les mondes en marge et leur peuple est perceptible.

Tout mis bout à bout, je plains l’auteur qui va devoir supporter le cliché du bouquin “OVNI” dans moult avis critiques. Oui, Chéloïdes est barré, original, marquant, mais n’a rien d’un vaisseau solitaire et déconnecté de tout. Confer les nombreuses références dans le texte même du roman. Il s’inscrit dans la mouvance punk, soit une belle flotille d’OVNIs depuis une cinquantaine d’années, bien plus que toutes les navettes de Vega de tous les épisodes de Goldorak.
Un bouquin peut être excellent et sortir du lot sans se voir affublé des qualificatifs galvaudés habituels (en plus d’OVNI, je te laisse le choix entre “addictif”, “claque”, “pépite”, ………….., ………….., et t’offre même de la place pour compléter la liste).
Bref…

Chéloïdes ne plaira pas à tout le monde. Les amateurs d’historiettes fleur bleue risquent de pleurer leur mère tout le long du bouquin. D’un autre côté, c’est l’occasion de sortir du monde des Bisounours et de découvrir celui des Punkounours. Gens “comme il faut”, lisez cette romance punk, vous en apprendrez beaucoup sur les marginaux que vous matez de loin avec une moue pincée de dégoût – et qu’ont plus d’humanité que vous ne l’imaginez (voire plus que vous tout court).

Entre un punk à chien qui fait la manche et un banquier en costard, je préfère de loin confier mon argent à celui qui ne porte pas de cravate. En auteurs, pareil, je préfère le combo tatouages/piercings au Goncourt/sucette.

7 réflexions sur « Chéloïdes »

    1. Bonne question… Je dirais que par l’esprit “Requiem for a dream” est ce qui se rapproche le plus de “Chéloïdes” (en tout cas dans ma réception du bouquin). Donc si tu as accroché au film, tu accrocheras à “Chéloïdes”. Sinon, pas sûr que ça te plaise.

  1. Excellent billet! J’ adore tout particulièrement la petite pique de la fin ! Aha ! Bien envoyé ! 😀
    J’ai déjà énormément d’admiration pour Morgane Caussarieu, mais maintenant je meurs d’ envie de lire son nouveau livre, encore plus qu’il y a 5 minutes! Merci à toi!

    1. Etant tatoué de partout et ayant traîné mes guêtres dans les marges, j’ai eu ma dose de moues pincées, regards outrés et réflexions débiles, la pique de la fin, c’est du vécu. 😉

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