Bescherelle

L’art de conjuguer
(Louis-Nicolas Bescherelle)

Le petit-livre-rouge-pas-de-Mao se chronique en deux lignes. Enfin… en théorie.

Base indispensable, outil incontournable (et vice-versa). Clair et exhaustif.
Voilà. En fait, ça se chronique en une ligne.
The end.

J’ai une réputation (sic) à tenir, ce serait dommage de passer à côté d’une occasion de faire le clown.
Or donc…

La XXe Siècle Renard – branche française de la 20th Century Fox – vient d’annoncer le tournage prochain d’une série de films basée sur l’œuvre de Louis-Nicolas et Henri Bescherelle : La trilogie du français. Trois épisodes sont prévus, ce qui colle plutôt pas mal à la définition d’une trilogie.
I – L’orthographe, II – La grammaire, III – La conjugaison. Vaste programme, comme dirait Télé 7 Jours

J’ai lu les trois bouquins qui seront adaptés, je parlerai surtout du dernier… qui a en réalité été écrit le premier. La conjugaison, fondement de l’œuvre bescherellienne et obsession des frangins.
Difficile de classer l’ouvrage… Certaines rééditions contemporaines l’intitulent L’art de conjuguer, mais le titre originel à rallonge – Le véritable manuel des conjugaisons ou la science des conjugaisons mise à la portée de tout le monde – mentionne une “science”. A voir si l’adaptation s’orientera vers la SF ou le tableau symbolique. Nul doute que les producteurs pencheront pour la science-fiction, plus vendeuse que les machins artistico-éthérés auxquels le spectateur ne bitera rien.

Pour une fois, on ne peut pas donner tort aux hommes d’argent. Quiconque a mis le nez dans le bouquin s’est exclamé “y a de l’action” à l’instar d’un San Antonio. A chaque page de La conjugaison il se passe quelque chose. C’en est presque trop, le lecteur finit noyé dans les péripéties, le style en devient verbeux.
A l’inverse, les personnages se contentent de la portion congrue. Posés là dès le début sans qu’on sache qui ils sont, d’où ils viennent, pourquoi ils se retrouvent ensemble… On plonge dans l’histoire sans bouée ni infos, un peu comme dans Cube (1997 – c’est l’année de sortie, pas un numéro fantaisiste de note de bas de page). Certes les protagonistes s’agitent beaucoup, l’action ne mollit pas une seconde… mais à trop jouer sur le mystérieux, les auteurs oublient l’empathie du lecteur. On peine à s’attacher à ces silhouettes anonymes.
Dans l’absolu, l’idée de les limiter à de simples pronoms (je, tu, il/elle, nous, vous, ils/elles) tient la route. Plus qu’une lubie stylistique, on sent un regard pointu sur la société, à travers par exemple le thème de l’individualisme (le “je” vient toujours en tête), la question du genre (“il/elle” est indifférencié(e)) ou encore le rapport au groupe (balance entre le singulier et le pluriel).
Eh oui, à la mi-XIXe siècle, ces enjeux occupaient déjà quelques esprits en avance sur leur temps. De nos jours, on ne peut pas imaginer plus d’actualité. Reste un manque d’épaisseur dommageable pour dépasser le stade des figures désincarnées.
Idem l’intrigue pas toujours claire. Comme je disais, le roman ne manque pas de rebondissements, mais on ne sait jamais vraiment où les auteurs veulent nous emmener. En tout cas pas avant la fin que je m’en voudrais de spoiler. Je dirais juste que la dernière scène s’articule autour du verbe cuire, ceux qui ont tenu jusqu’au bout comprendront. Belle métaphore pour renvoyer aux besoins primaires de l’humanité (le miam), au cannibalisme social (l’homme, loup pour l’homme, s’entredévore) et à l’aspect ambivalent du feu (sapience prométhéenne vs destruction pyromane). Un beau final, dommage que le fil conducteur se perde souvent en intrigues secondaires avant d’en arriver là. Faut pas mal s’accrocher pour suivre les nombreux développements, autant dire que dans le genre ouvrage “à la portée de tous”, je le trouve quand même assez élitiste, quelque part entre abscons, abstrus et absinthe.
On comprend pourquoi la réception oscille entre science et arts, vu comme le texte est chargé de symboles, de sens caché derrière les mots. Mélange de surréalisme, d’histoire à énigme à la David Lynch, saupoudré de Freud et d’Achille Zavatta.
Au final, un titre exigeant, à la fois aride et touffu, pas exempt de défauts mais capable de se rattraper grâce à un sous-texte riche en enjeux.

Pour en revenir au film, grâce à un de mes contacts dans le monde du cinéma – merci, Rocco S. – j’ai appris une info en or juste après avoir rédigé cette chronique ! Cadeau, une exclusivité made in Un K à part !
Loin de se limiter à une modeste trilogie budgétée à 500 millions de dollars LE film, les producteurs auraient engagé un scénariste stagiaire de plus pour imaginer un univers étendu à la manière de Marvel ou DC.
A l’étude, une série TV, comportant un possible crossover avec Bled. Le scénario du pilote Merci Jacquie Lagarde et Michel Michard serait en cours d’écriture, murmure-t-on dans les milieux autorisés si chers à Coluche. Parmi les acteurs pressentis par les responsables de casting circulent les noms de Zora Larousse, John Grévisse et Bob Lepetit (aka Lepetit Robert).
En 2025, une fois les trois films sortis, le coffret de l’intégrale sera disponible en plusieurs versions (normale, 2D, 3D, VR, collector, director’s cut, Redux, VHS, DVD, Blu-Ray, et bien sûr le super méga coffret qui les regroupe toutes pour la modique somme de 1289,99 €).
En attendant cette date lointaine, les fans pourront bientôt se rabattre sur le roman graphique (collab’ d’Edika et Frank Miller), le jeu vidéo (chez Steam-Blizzard, un projet qui s’annonce aussi tumultueux que nébuleux) et l’OST (Alizée ft. Linkin Park ft. John Williams).
Autant dire qu’il y a du lourd dans les cartons.

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