Balafrée et Gheritarish

Coup double avec Michel Robert, auteur phare de la fantasy française.

Le rédacteur des quatrièmes est sans doute un fan de “New York Police Judiciaire”. Voici leur histoire…

La fille des Clans
T.1 Balafrée

Malken, il lui est tout arrivé ou à peu près : balafrée, mère-tuée, esclavée (journée mondiale du néologisme). On part donc sur une histoire classique d’héroïne meurtrie en quête de vengeance.
Classique aussi, un univers très inspiré du MMORPG World of Warcraft. Les sympathiques Hordeux et les enfoirés de l’Alliance deviennent ici les Clans aux prises avec l’Empire. On croisera des humains, l’équivalent des elfes de sang, des taurens et j’en passe. Le Hordeux que je suis a apprécié de voir que pour une fois on avait le beau rôle. Lok’tar Ogar !
Tout ce petit monde se castagne dans un grand affrontement manichéen. Comme au pays de Candy, “il y a des méchants et des gentils”, les premiers très vilains et les seconds fort sympathiques.
Autant dire un cocktail qui ne coupera pas les guiboles avec la scie de l’originalité. De l’heroic-fantasy basique ou old school selon le point de vue, qui devrait plaire surtout aux amateurs de Conan (pour le côté bourrin), de WoW (pour son cadre) ou du Seigneur des Anneaux (pour son manichéisme). Si vous aimez les univers qui sortent des sentiers battus par les Grands Anciens du genre, ça risque d’être une autre paire de manches.

Après, Michel Robert n’a rien d’un manche ni d’un bête moine copiste. On retrouve dans Balafrée les qualités de ses autres romans.
Son histoire tient debout, on s’implique dans les péripéties de son héroïne et quand on arrive à la fin, on n’a qu’une envie : se jeter sur le tome suivant. A aucun moment l’ennui ne pointe le bout de son pif. Y a de l’action, comme dirait San-A.
Balafrée dépasse le stade du WoW-like grâce à la patte Robert (que vous ne trouverez pas au rayon papeterie). Une plume à la fois brute dans son propos et élégante dans sa forme, toujours à l’aise, jamais pesante. Le lecteur n’aura pas à pratiquer le bouche-à-bouche : niveau souffle épique, le roman décoiffe.

Gheritarish, Les Terres de Sang

Ce roman est un spin-off de L’Agent des Ombres (série excellente que je vous recommande au passage). On y retrouve Gheritarish le Loki, fils caché d’un schtroumpf et de Chewbacca, compagnon de Cellendhyll “cheveux courts” de Cortavar. Tout bleu et tout poilu, fin bretteur, bon vivant, gros déconneur, Gher’ est le sidekick comique de Cellendhyll dans la série originale mais pas que. Robert a construit un vrai personnage, pas une simple figure pouet-pouet et pittoresque destinée à dérider l’ambiance entre deux scènes sombres. C’est d’ailleurs un de mes préférés avec Morion.
Gheritarish méritait son roman à lui, c’est chose faite. Castagne, déconnade, action, sexe, “il faut de tout pour faire un monde” (Arnold et Willy, on continue dans la référence haut de gamme, mais c’était ça ou une formule toute faite du style “l’aventure est au rendez-vous”). Quand la boule de poils part en vacances, ses aventures sont d’une autre trempe que Martine à la plage. Plutôt Conan au Far West. Le mariage entre Ouest américain et médiéval-fantastique garantit le dépaysement et offre une espèce de somme sur le western à la Josey Wales hors-la-loi, la magie en plus.
Le style de Robert, très alerte, fonctionne à merveille avec ce contexte et son héros. Avec ses dialogues drôles et ses scènes d’action péchues, voilà du bon roman d’aventures, ni crétin ni prise de tête.

Smaug on the ouatères.

Comparés à la première saison de L’Agent des Ombres, ces deux bouquins ne sont pas les meilleurs de Michel Robert. Mais “pas les meilleurs” ne signifie en aucune façon “nasebroques”. On aurait tort de s’en priver, il s’agit de deux très bons romans d’aventures, efficaces et bien tournés.

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