Back Up

Back Up
(Paul Colize)

back-up

Back Up est un excellent roman de Paul Colize. Si je n’ai qu’un conseil à vous donner : lisez-le.
Voilà, je pense que pour première chronique littéraire, c’est plutôt pas mal.

Hum…

Donc Back Up.

Quel rapport entre la mort en 1967 des musiciens du groupe de rock Pearl Harbor et un SDF renversé par une voiture à Bruxelles en 2010 ? Lorsque l’homme se réveille sur un lit d’hôpital, il est victime du Locked-in Syndrome, incapable de bouger et de communiquer. Pour comprendre ce qui lui est arrivé, il tente de reconstituer le puzzle de sa vie. Des caves enfumées de Paris, Londres et Berlin, où se croisent les Beatles, les Stones, Clapton et les Who, à l’enfer du Vietnam, il se souvient de l’effervescence et de la folie des années 1960, quand tout a commencé…

(Quatrième de couverture, parce que le copier-coller, c’est quand même trop pratique pour s’en priver.)

Baguenaudant dans un salon (un événementiel, pas une salle de séjour), je tombe sur une pile de Back Up. Je jette un œil sur la quatrième de couverture et j’entends : “dans celui-ci, c’est le jardinier qui fait le coup”. A quoi j’ai rétorqué que je préfère les romans où c’est le majordome le coupable. Mais je l’ai acheté quand même.
Paul Colize m’aura vendu son bouquin sur un fake spoil à deux ronds cinquante…

En plus, il me l'a tout scrabouillé...
En plus, il me l’a tout scrabouillé…

Quand on sait que je picore du roman noir et du rock en dilettante, que la période des Trente Glorieuses m’emmerde mais t’as pas idée, on se dit que Back Up part avec un gros handicap attractif. Une lecture qui sent la grosse aventure hors de ma zone de confort pleine de dragons, de vampires et de croiseurs stellaires – selon une définition très personnelle du confort.
En fait, non.
Je ne vais pas vous parler de l’histoire de Back Up. Vous la découvrirez en lisant le bouquin. Je ne spoile pas, moi.
Des histoires, devrais-je dire. Parce que Back Up est à l’image de sa couverture : touffu, complexe, éclaté. Colize pulvérise les unités de temps, de lieu et d’action. En même temps, on n’est pas au théâtre, il a le droit. On se retrouve à voyager dans le temps et l’espace – comme si James Bond avait piqué la machine de H. G. Wells –, à suivre la biographie de X Midi, la fin du groupe Pearl Harbor, l’enquête du journaliste Michael Stern . Avec en bonus un tableau vivant des sixties comme si on y était, une histoire du rock, une chronique de la jeunesse rebelle… Bref, dense, dixit la cigale (ou la fourmi, je ne me rappelle jamais).
Le tour de force du père Colize, c’est de parvenir à une (dé)construction parfaite. La complexité de l’ouvrage et son éparpillement façon puzzle ne perdent pas pour autant le lecteur en route. Sauf à être demeuré, on se doute bien, de toute façon, que chacun des fils épars finira par rejoindre les autres (sinon, Back Up serait classé en recueil de nouvelles, pas en roman). A l’arrivée, je naviguais en terrain connu, quelque part entre Ça pour le jeu sur la temporalité et Le Fléau pour l’imbrication des multiples histoires des multiples personnages. En cela, Paul Colize représente le Stephen King bruxellois.
Je me dis que le jour où ils se retrouveront face à face, vaudra mieux pas les lancer sur le sujet de la musique, sans quoi y aura pas moyen d’en placer une. Comptez le nombre de références musicales dans n’importe quel bouquin de King, vous comprendrez. Question musique, Back Up est une mine, un juke-box inépuisable. D’ailleurs vous trouverez la playlist en tête d’ouvrage, sympa pour bouquiner dans l’ambiance. Là encore, Colize excelle. Il retrace une histoire du rock sans le côté universitaire chiant de l’historien lambda, et qui en plus sert l’intrigue. Il ne s’agit pas d’étaler sa science ou de plaquer une ambiance artificielle mais de coller pile au sujet et de le nourrir.
Enfin, inextricablement[1] liée à la musique, l’atmosphère des sixties. Sexe, drogue et rock ‘n’ roll. Avec un programme pareil, que je n’accroche pas avec cette période reste un mystère, mais passons… Mister Paulo évoque moins qu’il n’invoque. Sa qualité d’écriture est telle qu’on n’a pas grand effort d’imagination à faire par-dessus pour s’y croire. Ce qui me fait dire que la littérature reste la meilleure interface de réalité virtuelle qu’on ait inventé. La jeunesse contestataire, les paradis artificiels à coup de fumette et LSD, l’hystérie devant les Stones ou les Beatles, tout sonne vrai et juste, “authentique” comme on dit. Dans la catégorie “redonner vie à une époque,” Colize se hisse au niveau de Leroy-Ladurie dans Montaillou (qu’est juste LE meilleur livre d’Histoire que j’ai jamais lu parmi plusieurs centaines, autant dire que ça vous pose un bonhomme).

Donc, comme je disais… Back Up est un excellent roman de Paul Colize. Si je n’ai qu’un conseil à vous donner : lisez-le. Mais n’y cherchez pas de jardinier.

(PS : Chroniquer un auteur belge sans placer “une fois”, “ça est”, “frite”, “septante”… prouesse épique ou impardonnable manque de correction ?)

[1]. J’en laisse un pour la route, j’espère qu’il figurera dans le prochain Colize Les 24 heures du -ment, chroniques d’un chasseur d’adverbes.

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