Aenigma

Aenigma
(Stan Kurz)

Aenigma (ou Ænigma, j’ai vu les deux graphies) est un cas à part sur Un K à part. Un livre audio… enfin, livre, c’est beaucoup dire. Déjà, parce que c’est audio, donc pas un livre, format qui comporte par définition du texte écrit ou à défaut des images, bref un truc qui marche avec les yeux, pas avec les esgourdes. Ensuite, parce qu’il ne s’agit pas de l’adaptation audio d’un livre papier ou numérique.
Alors c’est quoi Aenigma ? me demandes-tu avec une pointe de ce que tu veux dans la voix. Un épisode bonus de Série B lu par Stan Kurtz himself, l’infra-détective dont le timbre ressemble beaucoup à celui de Marc Falvo.
Te voilà affranchi, maintenant, on peut y aller.

Le pitch, pour une mise en bouche briochée :
Et s’ils étaient déjà parmi nous ? Qui ? Mais ILS, of course… Et si mon nouveau client, de prime abord parano, disait la vérité ? Par hasard et pas rasé, j’investigue à qui mieux-mieux, vous susurrant le tout de ma voix suave. Entre polar et science-fiction. Entre sieste et biture. Au-delà du réel, si on veut, enfin peut-être.

Grâce au documentaire Les Envahisseurs, tous les Terriens savent qu’ils vivent infiltrés parmi nous (ou par minous, selon une autre école qui croit en la nature extraterrestre des chats). Dans l’univers de Série B, la révélation n’a pas encore eu lieu. Peut-être parce que le David Vincent local avait un meilleur sens de l’orientation ou une baguette de sourcier pour trouver le bon raccourci.
Il aura fallu le temps, mais ça y est ! Dans Aenigma, il y a enfin un gars qui sait, en italique comme tous les gars “au courant”, ceux qui connaissent des choses sur EUX et constituent un cauchemar pour les typographes. L’avantage de la version audio, c’est qu’on n’est pas embêté par les caractères de traviole, majuscules, guillemets et autre soulignement.
Ce gars sait que la vérité bosse dans la confection. Elle est tailleur (donc riche).

En soi, la chronique sera Kurtz courte. J’ai déjà dit l’essentiel de Série B dans mon laïus éponyme sur le premier volume, que tu pourras compléter avec la vue d’ensemble.
Aenigma reste du Série B, seul le format change. On retrouve Stan Kurtz noyé dans sa lose, toujours vêtu de son fidèle imper (mais est-ce que ça existe un imper infidèle ?) et prompt à se fourrer dans les situations les plus improbables.
“Tu veux que j’aille acheter une cafetière d’occasion tout en menant l’enquête sur un prétendu boss extraterrestre qui change ses employés en zombies ?”
Voilà, ça résume bien.
Episode bonus ne signifie pas épisode cheapos de remplissage en attendant la prochaine sortie papier (début de l’automne a priori). On retrouve dans Aenigma ce qui faisait la saveur de la série principale : anti-héros décalé, situations délirantes, réflexions bourrées d’humour noir, mélange des genres (polar et SF) et série B à la John Carpenter. Du très bon Kurtz, dans le même style que les bouquins.
Style qui passe très bien à l’oral, d’ailleurs, avec un petit côté audiardien très agréable. J’ai souvent pensé à André Pousse (mémé dans les orties), me demande pas pourquoi. La voix du narrateur, mélange de rocailleux, nasillard et désabusé, passe très bien et colle au personnage de Kurtz tel que je l’imaginais dans les romans. Le procédé fonctionne à merveille avec un personnage de privé, écho aux voix off des films noirs, polars et thrillers sur petit ou grand écran (Citizen Kane, Magnum, Usual Suspects…).

Alors attention, si tu es habitué aux séries audio (Naheulbeuk, Reflets d’Acide, Adoprixtoxis, Les Aventuriers du Survivaure…), ne t’attends pas à une débauche d’effets sonores, il s’agit ici de pure lecture, sans musique ni bruitage.
Une heure au total, ça peut paraître long. L’écoute a un côté très passif : on est posé là et… on écoute. Et pas question de faire autre chose à côté en laissant filer la bande comme bruit de fond. Tout comme on ne lit pas un bouquin d’un œil distrait tout en matant la téloche de l’autre.
En soi, rien d’un défaut, c’est le format qui veut ça et surtout le fait que les générations de moins de 50 berges n’ont pas connu l’âge de la pierre taillée et des feuilletons radiophoniques. Hors tranche 3-6 ans, on n’est pas habitué aux histoires audio.
Après, tu peux toujours découper la séance, la touche pause n’est pas faite pour les chiens (qui de toute façon ne bitent pas grand-chose au langage articulé).

En sortant de cette heure d(e grande) écoute, je me suis pris à rêver d’une série audio autour de Stan Kurtz. Une longue histoire divisée en épisodes de dix minutes, avec un peu d’habillage sonore par-dessus (générique, musique de fond, bruitages).
Ça pourrait fonctionner, à rebours de l’existant qui a commencé sur le web avant d’atterrir sur papier (BD, roman, jeu de rôle). D’autant que le genre risque de connaître un renouveau – je te laisse coller ici une métaphore à base de phénix – avec la sortie plus ou moins prochaine de Clyde Vanilla, série SF par Antoine Daniel et MetaWendoh. Tu peux être sûr que derrière, il y aura du monde pour s’engouffrer dans la brèche.
Au-delà du bête effet de mode et de l’attaque des clones, le père Kurtz aurait un joli coup à jouer. Le personnage et ses aventures se prêtent très bien au format audio. Côté genre, le polar figure parmi les grands absents et pourrait trouver sa place via des bonus de Série B. Avec les touches SF et humoristiques, ça ne peut que marcher. Sans parler d’une qualité d’écriture très au-dessus de la moyenne – on parle de Falvo quand même, un pro de la plume.
Je lance l’idée, Marc et Stan, réfléchissez-y…

En attendant, pour ceux qui voudraient découvrir Aenigma, c’est sur Book d’oreille. Suffit de s’enregistrer, le téléchargement est gratuit et légal, que demande le peuple ?

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